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 Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)

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MessageSujet: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Sam 28 Fév - 18:01

[Il y avait les « aventures solo » de Senjougahara, il y a maintenant les « aventures solo » de Hel.
Vous pouvez lire, bien sûr, et même commenter si vous vous sentez l’âme d’un critique.
Je vous prie d'ores et déjà de m'excuser pour les double-posts.]


Paranoia

~ Cité du Crépuscule :

Paranoïa : Psychose caractérisée par un délire systématisé et permanent, en apparence cohérent, et sans diminution des capacités intellectuelles.  
 
 
Je repris connaissance trempé de sueur, avec la ferme impression d’être en train de me faire étrangler.
De l’air !
Je portai les mains à ma gorge. Les ténèbres m’étouffaient. Ma cage thoracique était prisonnière d’un étau. Que m’arrivait-il ?

Les souvenirs me revirent cependant que je palpais le sol autour de moi à la recherche d’indices.
On m’avait enfermé. Je n’avais pas eu le temps de me défendre : Seifer avait surgi, Fuu et Rai sur les talons. Et la rage au ventre. Il m’avait insulté. Mais la fatigue et mes vertiges m’avaient privé de toute volonté d’agir. Ils m’avaient empoigné les épaules. M’avaient traîné. M’avaient jeté dans cette cellule.
Je ne devais pas perdre mon sang-froid : je n’étais jamais que dans les ténèbres glacées d’une cellule ! J’avais, par le passé, parcouru des égouts infestés de rats, des ruelles sombres et sordides, des maisons hantés… Une simple cellule ne devait pas m’inquiéter outre-mesure.
… Mais depuis combien de temps y étais-je ? Combien de temps encore avais-je avant que l’air ne se raréfiât ? J’avais perdu connaissance, maintenant j’en étais sûr ; mais que s’était-il passé pendant ce laps de temps ?

Je tâchai de me calmer. Certes, Seifer m’avait fait enfermer ; cela faisait des mois qu’il menaçait de le faire, après tout. L’altercation avec les jumelles Himeji avaient été le prétexte pour agir. Ou la goutte de trop dans le vase de sa colère. Dans tous les cas, il s’agissait d’une mauvaise blague, un « châtiment » destiné à m’apeurer, m’humilier, bref, me blesser moralement. Le chef du « Comité disciplinaire du Crépuscule » allait bien finir par revenir… n’est-ce pas ?

L’index sur le poignet, adossé contre un mur, je tentais de maîtriser les battements de mon cœur lorsque je le sentis. Je relevai la tête, tout en sachant pertinemment que je ne pouvais rien distinguer.
Pourtant, c’était en face de moi. C’était la même sensation que celle éprouvée dans la ruelle. Celle ressentie dans ma chambre d’hôpital, à mon réveil. Celle qui me hantait la nuit, me harcelait la journée. Les pulsations dans ma poitrine se firent saccadées. Ma respiration, haletante.
J’avais peur. Oh oui, je mourrais de peur. De cette peur irrationnelle, indomptable, qui annihile les réflexes et détruit la volonté.
Soudain, les ténèbres remuèrent devant moi. Je crus d’abord à une illusion due à quelque fatigue oculaire ; mais je remarquai par la suite que la pénombre s’était éclaircie, comme si je m’étais trouvé doué de nyctalopie.

J’étais dans un établi. Les murs étaient recouverts d’étagères, elles-mêmes croulant sous le poids d’outils, couteaux, pinces, tournevis, tenailles, et de pots de substances diverses. Le sol était jonché de copeaux de bois et de sciure. Une imposante clé anglaise traînait non loin de moi, ainsi qu’un sécateur et des cisailles.
Mais ce qui me fit avaler ma salive avec autant de difficulté que s’il s’était agi d’une gorgée de sang épais et infecté, c’était la chose en face de moi.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Sam 28 Fév - 20:05

Je crus d’abord à un tas de pantins, de poupées enchevêtrées les unes dans les autres. Leurs membres épars étaient tordus en une grotesque pose, leurs corps glabres d’enfants agglutinés les uns aux autres dans une immonde orgie. Leurs visages sans cheveux ni cils ni barbe, quant à eux, me fixaient d’un regard vide.
C’est alors qu’elle bougea.
Les bras tâtonnèrent autour d’elle, les mains de bois palpèrent le sol, puis raffermirent leur prise ; et elle se dressa. Tel un immense arachnide composé de parodies de cadavres, de membres rattachés de manière fantaisistes, et de visages respirant la folie.

Alors elle braqua ses regards sur moi.

Mes poumons cessèrent, pendant trois bonnes secondes, de se remplir. Elle me fixa longtemps, longtemps, puis, d’un geste maladroit, se mit en branle, et avança vers moi. Je la contemplai, impuissant, les yeux rivés sur ses mains de bois raclant le sol, ses corps s’entrechoquant avec fracas, ses visages inexpressifs et ses yeux trop expressifs…
Je me serrai contre le mur. Aucun son ne sortit de ma bouche, pourtant mon être entier semblait hurler. La sueur ruisselait dans mon dos, froide. Mon cœur, quant à lui, semblait sur le point d’exploser.
Ne me touche pas.
Ne me touche pas de tes affreuses mains d’enfants tranchées.
Recule, laisse-moi !

Elle plaça son visage près du mien. Elle ne respirait pas, je ne pus sentir son souffle.
Elle n’était pas vivante.
Pour la première fois, je remarquai que la tête était fendue dans le sens de la longueur ; les deux morceaux de faciès n’étaient maintenus ensemble que par deux mains, rattachées au reste de la structure par deux bas atrophiés.
Un autre cri résonna alors en moi. Plus fort que les autres, comme un besoin inextinguible.
Ne retire pas ton masque.

Elle me regarda encore, de trop près, avec des yeux trop inquisiteurs ; puis, comme si elle avait lu dans mes pensées, elle écarta les pans de visage de poupée.

Alors je hurlai.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mar 3 Mar - 7:28

- Bon, je vais voir comment se porte notre « émo », lança Seifer. Il doit être presque mûr, maintenant. Fuu hocha la tête, et Rai ricana.
- On va voir si le goth supporte le noir… Fit-il.

***
L’étagère s’était renversée. Les outils étaient tombés en pagaille sur le sol. Mes phalanges martelaient la porte, tandis que ma voix résonnait en un flot de paroles incohérentes.
- Laissez-moi sortir !
J’implorai que l’on vienne à mon secours. Je suppliai. Je hurlai.
Avec le recul, je pense que je n’avais plus aucun contrôle sur ma bouche, et, pour être honnête, je ne me souviens pas de la moitié de que j’ai prononcé. La terreur était plus forte.
Derrière moi, elle se redressa. C’était un cauchemar. Bien qu’elle fût dans mon dos, je voyais ses pattes se tordre pour se remettre debout. Ses mains se tendre vers moi. Ses visages.
Son visage.
Ce visage qui me hantait, même alors que je tirais sur la poignée de porte, que je m’arrachais les ongles et m’esquintais les phalanges dessus.
Je savais qu’elle me voulait.
J’ignorais ce qu’elle me voulait, mais je savais qu’elle me voulait.
Son désir de me saisir était aussi étouffant que si ces doigts sans ongles s’étaient déjà refermés sur ma chair.

Je lui portai un nouveau coup de clé anglaise ; mais cette fois, elle le para l’attaque de l’une de ses nombreuses mains. Sans que je ne puisse réagir, elle fut sur moi, ses bras de chaque côté de mon corps pour me couper toute retraite. Je fermai les yeux ; mais, comme dans un mauvais rêve, la vision de son visage fendu à quelques centimètres du mien persista malgré mes paupières closes. J’avais vu derrière le masque ! Oh, comme je voulais être aveugle, à ce moment-là !
Elle approcha ses doigts de mes yeux. Je ne voulais pas qu’elle me touche. C’était le comble de l’abomination, la pire aberration qui soit en ce bas-monde.
Je lui hurlai de partir et de me laisser.
… Enfin ; peut-être lui ai-je hurlé de partir et de me laisser. Peut-être aussi que je n’ai pas été en mesure de proférer le moindre son.

Ses doigts de bois effleuraient mes cils lorsque le bruit résonna.
La poignée.
Nos regards convergèrent vers la porte.
La porte. La cellule. La serrure. La clé. Les pensées me revenaient brutalement, comme un fleuve trop longtemps retenu par un barrage, vainquant la terreur et la folie. Ma Keyblade apparu dans ma main gauche. Fendit l’air dans un sifflement. Percuta les visages. Broya les masques de poupées, faucha les membres monstrueux. Un sang épais et glaireux se répandit sur le sol.
Je me relevai d’un bond. Forçai la serrure de ma Keyblade.
Seifer écarquilla des yeux ahuris en me voyant ; sans doute parce que j’avais ouvert la porte de moi-même, mais sûrement aussi parce qu’il ne s’attendait pas à trouver un adolescent aux grands yeux effarés, au teint livide zébré de marques de maquillage ayant coulé, et potentiellement luisant de sueur. Je lui empoignai le poignet et me mit à courir, loin, loin, loin. Le plus loin possible. Seifer protesta, mais je n’en avais cure.
Il fallait fuir !
Fuir droit devant, ne jamais s’arrêter, même alors que les poumons étaient comme dévorés par un incendie, même alors que le cœur semblait sur le point d’exploser, même alors que les jambes étaient aussi lourdes que du plomb.

Mais alors que nous courrions, le sol vibra sous nos pieds ; la lumière décru d’un coup, et bientôt, nous fûmes plongés dans une semi-pénombre artificielle, comme si le ciel avait soudain été barbouillé d’une épaisse peinture noire.
La ruelle était interminable. Je continuai de courir, Seifer au bout du bras, mais j’eus la claire impression de ne plus avancer. La peur se répandit en moi tel un fluide glacial.
Le chef du Comité disciplinaire du Crépuscule poussa alors un cri rauque. Je savais. Je savais ce qu’il avait vu. Je savais qu’elle était sur nos talons. Je la voyais aussi clairement que si j’avais des yeux à l’arrière de la tête. Je la voyais gagner du terrain, une grimace de haine démente sur son visage fendu.
- HEL ! Hurla Seifer d’une voix que la peur rendait aigüe. La ruelle s’étrécissait, le sol était devenu gras et irrégulier. Je peinais à rester debout, alors que tout mon être me suppliait d’arrêter. Cette course était trop douloureuse. Il fallait…
Que je me réveille. Il fallait m’extirper de ce cauchemar, retrouver la réalité.
Je secouai la tête. Tentai d’ouvrir les yeux. Seifer appela encore.
Réveille-toi. Réveille-toi. Réveille-toi ! ! !
Elle était sur nous, désormais. Ses doigts étaient déjà sur notre peau. Son visage était juste derrière.
Sans le masque.
- Trop tard… ~♪ Susurra une voix juste à côté de mon oreille. Et la main de Seifer se volatilisa entre mes doigts.

J’ouvris alors les yeux. Le soleil couchant éclairait la place de la Cité, au loin. Je tombai à genoux, ruisselant de sueur, le corps secoué de spasmes.
- Seifer… Seifer… Répétais-je bêtement, cherchant le jeune homme des yeux.
J’étais seul.
Fuu et Rai vinrent à ma rencontre. M’interrogèrent. Me secouèrent. Je ne réagissais plus. Tout était trop loin. Trop flou. Trop sourd. Je sentis, à un moment, que je perdais connaissance. Mon cœur semblait avoir déchiré ma poitrine, et une forte odeur de sang emplissait ma gorge et mon nez.
Le sol paru froid lorsque je m’effondrai dessus.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mar 3 Mar - 17:01

J’eus vaguement conscience que ça s’agitait autour de moi. Des lumières bleues et rouges. Des sirènes stridentes. On m’entoura. On me mit sur une civière. On me colla un masque sur le nez.
La douleur dans la poitrine.
De nouveau le noir.
Des lampes au-dessus de ma tête. Des lampes qui clignotaient. Des bruits sourds.
Le noir encore.
Puis, dans le noir, une conversation :
- Il est dans le coma. Nous avons réussi à stabiliser son état.
- … ?
- Nous ne pouvons rien affirmer ; il faut attendre que l’un des deux se réveille.
- … ?
- L’autre aurait tenté de le tabasser avec une clé anglaise ; l’arme portait ses empreintes. Heureusement que c’est un garçon résistant...  


Je sus alors que le garçon en question était Seifer. Sous moi, le lit sembla faire place à un gouffre sans fond. Juste avant de sombrer, j’entendis deux mots.

« Schizophrénie paranoïde ».

Et je compris que cette fois, c’était de moi que l’on parlait.

 
[Fin]
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Sam 28 Mar - 13:05

Descente aux Enfers

~ Dans le Rêve :

« La volonté absolue ne consent pas au mal ; mais la volonté y consent dans la mesure où elle craint, par refus, de tomber dans un plus grand malheur. »
Dante, La Divine Comédie



- Hel, ce n’est pas sérieux ! Dans ton état, oublier de prendre tes médicaments ! Tu aurais pu mourir ! ! Je sais bien que tu n’en es plus à ton premier infarctus, mais j’aimerais quand même… Hel, tu m’entends ? Hel !

HEL !


J’ouvris les yeux.
Mon premier constat fut que je n’étais pas à la Cité du Crépuscule. Ou, en tout cas, je n’étais pas dans un endroit connu de la Cité du Crépuscule.
Je me relevai péniblement sur mon séant et me massai l’épaule. J’avais encore dû prendre une mauvaise position pendant mon sommeil ; en résultait une douleur lancinante dans tout le côté gauche de mon buste et dans le biceps.
Je jetai un regard autour de moi : le sol était en terre battue, les murs étaient recouverts d’une toile tricolore aux couleurs criardes, et des rideaux sombres pendaient du plafond. La seule lumière, faible et tamisée, émanait de derrière les tentures. Au centre de cette pièce circulaire trônait un immense mât qui soutenait le toit, et une musique joyeuse quoiqu’un peu aigrelette pouvait être entendue au loin.
Je dois être dans un chapiteau, songeai-je en me levant et m’époussetant.  Un petit chapiteau comme dans les cirques.
Je ne me fis aucune réflexion quant à la banalité de mes pensées par rapport à ma situation : tout ceci me paraissait parfaitement normal.

Je me dirigeai vers la source de musique ; au fur et à mesure que j’avançais, il me semblait entendre une voix de baryton pousser de vives exclamations. Je ne distinguai les paroles, mais je devinai qu’il s’agissait d’un présentateur appelant les clients à visiter son cirque. Je tendis la main vers la tenture, et l’écartai.

Dehors, il faisait nuit, pourtant l’on y voyait comme de jour : devant moi s’étalait une vaste fête foraine,  dont chaque attraction était illuminée de guirlandes et de projecteurs. De la musique s’échappait de chaque tente, des rires et des applaudissements s’élevaient de toutes parts.
Sauf que j’étais seul.
La grande roue tournait à vide, les chevaux de bois des manèges galopaient sans cavalier. Des stands de barbe à papa et autres sucreries produisaient leurs friandises sans qu’aucune main humaine ne vienne activer les machines.
Mais l’attraction la plus bruyante, celle dont s’échappaient la mélopée la plus envoûtante et les hurlements du présentateur extatique, était l’immense estrade au fond, au-dessus de laquelle s’élevait un gigantesque portail illuminé de mille feux. Je ne parvenais cependant à lire ce qu’il était écrit sur la pancarte à cause des lumières vives et clignotantes, ni à comprendre ce que disait le présentateur.

Je me remis donc en marche, attiré par les musiques et les attractions. Je n’avais pas fait trois mètres qu’une voix mécanisée m’interpela :
- Venez tenter votre chance ! La roue tourne, tourne, tourne plus vite telle une ballerine exaltée et ne s’arrête que pour vous montrer votre destin ! Saisissez-votre chance !
Je m’approchai de l’automate. Il n’était pas sans rappeler les dandys anglais, avec son haut de forme, sa moustache soignée et son monocle. Son buste sortait d’une sorte de boîte bariolée et illuminée sur laquelle était inscrite, en lettres stylisées, « La Roue de la Chance ». Une énorme roue recouverte de dessins étranges se dressait derrière l’automate.
À mon arrivée, le « dandy » se mit à remuer de façon gauche, mettant ses articulations grinçantes à rude épreuve.
- Approchez, cher client ! Venez gagner à la Roue de la Chance ! Venez gagner à notre loterie ! Jamais perdant, toujours souriant ! De l’argent, des friandises, des bons, des vies, des prix, vous pouvez tout gagner, ici ! Saisissez votre chance, et le levier ci-devant !
Je pris le levier et l’abaissai d’un geste énergie, faisant tourner la roue et gesticuler de plus belle l’automate.
- Où va-t-elle s’arrêter ? Où va-t-elle tomber ?
Je fixai la roue comme hypnotisé ; rouge, jaune, rouge, jaune, rouge, jaune… Les traits devenaient spirales, les lignes cercles. Les dessins de cadeaux, de sucres d’orge et de billets se fondaient en un seul gribouillis étrange et mouvant. La voix mécanique me brouillait doucement l’esprit, et m’abrutissait. Le gribouillis me semblait prendre forme, d’abord ronde, puis plus allongée. Il m’évoquait désormais un visage, je dotant doucement d’oreilles, de cheveux…
Un visage horrible.
Je sursautai violemment et manquai de tomber à la renverse.
Mon dieu, qu’avais-je vu à l’instant ?

- Elle s’arrête ! Vous avez tiré le gros lot, le prix mystère ! Le Joker ! Tout le parc vous est désormais ouvert ! ! Hurla joyeusement l’automate ; la roue s’était en effet arrêtée sur un dessin d’un joker ricanant. Éclairé par les lumières éblouissantes, il me sembla étrangement menaçant, et doté d’un faciès particulièrement sadique. J’eus soudain conscience d’un mouvement près de ma tête, et reculai vivement : l’automate s’était penché sur moi, et me dardait de ses yeux peints et brillants.
- Heureux client, nous vous souhaitons une agréable journée dans notre merveilleux cirque ! Et n’oubliez pas : votre lot est le Joker ! Où que vous alliez, quoi que vous fassiez, attendez-vous aux plus incroyables des surprises ! Vous ne serez pas déçu !
Je voulus m’éloigner, mais, à ma grande surprise, l’automate me saisit par l’épaule, et m’attira à lui ; je distinguai avec horreur les veines qui striaient le jaune de ses yeux, et son immense pupille dilatée dans un regard fou.
- Les plus incroyables des surprises ! Répéta-t-il, sa mâchoire grinçant à proximité de la mienne. Vous ne serez pas déçu !
Je me dégageai et reculai. L’automate repris ses gesticulations, invitant les clients à tirer le levier.

Je m’en éloignai vivement, le cœur battant à tout rompre. Je sentais encore sa main sur mon épaule endolorie, je voyais encore ses yeux déments se braquer sur les yeux.
Je ne me fis aucune réflexion quant au fait qu’il m’avait souhaité une « bonne journée » alors que le ciel était d’un noir d’encre.
Je savais simplement que cette « journée » allait être éprouvante.

Je me remis en marche, peu rassuré.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Sam 28 Mar - 18:25

- Quel chef d’œuvre que l’homme !
Je sursautai au son de cette voix féminine et enjouée. Devant moi se dressait un grand chapiteau rouge et mauve et décoré d’ampoules vertes. Un bien étrange mélange de couleur, en vérité. Mais le plus étonnant fut que les deux tentures qui servaient de porte s’écartèrent à mon approche, dévoilant un sombre couloir.
- Qu’il est noble dans sa raison ! Qu’il est infini dans ses facultés ! Continuait théâtralement la voix. Je m’engouffrai dans la tente, autant animé par ma curiosité naturelle que par mon amour pour Shakespeare.
La tenture se referma derrière moi, me plongeant dans le noir ; toutefois, je pus apercevoir, au loin, une lueur orange, vers laquelle j’avançai. Une majestueuse musique me parvenait aux oreilles, accompagnée de rires de femmes.

Lorsqu’enfin j’arrivai au bout du couloir, je dus plisser les yeux pour ne pas être ébloui : devant moi s’étalait une vaste piste circulaire recouverte de milliers de bougies, à tel point que l’on eut dit que le sol était en feu. Des gradins étaient disposés autour de la piste, et, bien qu’ils fussent vides, j’entendais tout de même applaudir. Quant à la musique, elle résonnait avec force, bien qu’aucun orchestre ne fût visible.
Je levai les yeux, prenant conscience d’un mouvement au-dessus de moi ; des filins et des cordages avaient été tirés en travers du plafond en un gigantesque filet, et des femmes y voltigeaient avec une grâce et une élégance inhumaine. Leurs robes scintillaient de mille feux dans la lumière orange des bougies.
- Dans sa force et dans ses mouvements, comme il est expressif et admirable ! Déclamaient-elles avec passion, tout en tournoyant dans le vide à la manière d’oiseaux scintillants. J’avançai vers le bord de la piste, les yeux rivés sur leur splendide chorégraphie aérienne.
- Par l’action, semblable à un ange ! S’exclama l’une des danseuses en lâchant sa compagne dans le vide.
- Par la pensée, semblable à un Dieu ! Reprit cette dernière, en se rattrapant de justesse à un filin avant de repartir vers les cieux comme si elle volait.
C’est la merveille du monde, l’animal idéal, murmurai-je, en posant mes mains sur la barrière bordant la piste.

C’est alors que toutes, en un seul et unique mouvement, tournèrent vers moi leurs yeux brillants.

Je n’eus guère le temps de réagir : la barrière se volatilisa soudain, et je me sentis chuter en avant. Je plaçai mes bras devant moi, juste à temps, pour ne pas m’étaler de tout mon long sur les bougies ; je ne pus, cependant, étouffer mon cri de douleur lorsque mes paumes entrèrent en contact avec la cire brûlante et la flamme. Je me relevai vivement ; au-dessus de moi, les danseuses s’étaient mises à tournoyer plus vite, et à trancher les filins.
Soudain, je compris : l’une des danseuses me fondit dessus, uniquement retenue par l’un des filins. Je me ruai sur le côté pour esquiver son attaque, manquant de tomber à nouveau sur les bougies. La danseuse repris son ascension dans un mouvement de balancier, bientôt imitée par ses sœurs.
Mes yeux s’écarquillèrent d’angoisse lorsque je vis les six femmes fondre sur moi. Je bondis de côté. Me baissai. Je renversais les bougies ou trébuchais dessus à chaque pas. J’entendais leurs mains siffler non loin de mes oreilles, leurs pieds fendre l’air à hauteur de mes tempes. Chaque esquive manquait de me faire chuter sur le sol de feu ; je tentai plusieurs fois de courir vers les bords de la piste, mais, à chaque essai, une danseuse me passait devant, me forçant à reculer.
La panique commença à se faire plus oppressante. La musique, beaucoup trop forte, masquait les bruits des cordages, me privant de mon ouïe pour me défendre. Je ne pouvais compter que sur ma vue, et celle-ci était floutée par les empreintes de bougies sur ma rétine.
Il me fallait sortir. Dans une minute, je serai mort, tué par une erreur d’inattention, ou, pire, par une crise cardiaque : mon cœur s’emballait dans ma poitrine, et secouait mes côtes avec force.
Il me fallait trouver un plan.

Je saisis alors une bougie ; lorsque la danseuse me fondit dessus, j’esquivai sa main en un pas de côté, et lui écrasai la flamme dans l’œil. Un hurlement strident et inhumain retentit alors, me perçant les tympans ; la femme lâcha la corde, et s’effondra sur la piste, sur laquelle elle prit littéralement feu. Je fixai un instant le brasier, choqué ; mais je fus vite rappelé à l’ordre par un coup de pied au niveau du flanc. Je m’effondrai, et n’eus cette fois que le temps de me protéger le visage. La brûlure sur mon ventre et mes cuisses m’arracha un nouveau cri. Je me levai une nouvelle fois, et me rapprochai en titubant du cadavre en feu.
Une nouvelle danseuse me fonça dessus. Cette fois, je saisis carrément la jambe tendue de la femme, et l’envoya sur le corps encore en feu de sa compagne.
Un nouveau hurlement retenti, cependant que le feu s’élançait à l’assaut de sa robe scintillante, et montait le long du filin. Ce dernier finit par rompre, éjectant sa cavalière enflammée sur une deuxième danseuse, qui prit feu à son tour.
J’en profitai. Je bondis par-dessus la barrière, et courus à en perdre haleine vers la sortie. Autour de moi, tout n’était plus que flammes et cacophonie : le public invisible me huait, l’orchestre jouait maintenant une mélodie aussi grandiose que terrifiante. Le couloir me sembla interminable. La chaleur montait dans mon dos, traversait mes vêtements et agaçait ma chair.

Soudain, je fus dehors. Je freinai brutalement, et inspirai l’air de la nuit. Il me semblait qu’il faisait plus sombre, d’un coup ; et pour cause, toutes les guirlandes du chapiteau des voltigeuses étaient éteintes. Nulle trace d’incendie, sinon dans mes paumes à vif et sur mes vêtements. Je me laissai tomber sur le sol et respirai avec difficulté.
J’étais sorti.
Sorti et vivant.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Dim 29 Mar - 13:37

- C’est une tachycardie.
- On fait une injection d'atropine, maintenant.




J’avais plongé mes mains dans l’eau froide d’un tonneau à l’arrière d’un stand de tir à la carabine, et les avais enveloppées dans un bandage grossier fait à partir de mouchoirs ; mais la douleur persistait. En outre, ma poitrine et mon ventre étaient couverts de traces de brûlures, et ma chemise ainsi que mon jean était fichus.
Pourtant, mon esprit ne parvenait à se focaliser dessus. J’avais l’impression que ce que j’avais vécu à l’instant remontait à des décennies, qu’il ne s’agissait que d’un souvenir flou sur lequel j’avais pris du recul.
Rien n’était normal. Mais mon cerveau, par un procédé miraculeux, traitait l’information de façon à ce qu’elle le paraisse parfaitement. C’était déroutant. Je retournai vers l’allée principale, me demandant quelles surprises allaient m’attendre.

Je n’eus pas attendre longtemps : très rapidement,  je fus apostrophé par la voix mécanique et enthousiaste d’un automate.
- La Chevauchée Fantastique ! Trois minutes de bonheur pendant lesquelles vous aurez l’impression de galoper vers la liberté ! Sensations fortes garanties !
Je m’approchai de l’automate, lequel était coiffé d’une bombe et muni d’une cravache et d’un pistolet. Il était installé devant un grand carrousel.
- Approchez, jeune homme, choisissez votre monture ! Poursuivit l’automate. Je n’avais plus vraiment l’âge de ce genre de chose, me semblait-il, et pourtant, c’est avec perplexité que je m’exécutai ; je tournai quelques secondes à la recherche d’un cheval adéquat, noyé au milieu d’un troupeau d’équidés de bois peint. Leurs naseaux dilatés et leur bouche ouverte donnaient l’impression qu’ils avaient été figés en pleine course folle, et leur conféraient un aspect presque malade.
Ce n’est qu’un jouet pour enfant. Je finis par choisir un cheval noir suffisamment grand pour que mes jambes ne traînent pas sur le sol et l’enfourchai. De quoi avais-je l’air, honnêtement, du haut de mes dix-sept années sur un cheval de bois ?
- Eeet… C’est parti ! Rugit l’automate en tirant du pistolet vers le ciel.

Le carrousel s’ébranla, et les cheveux se mirent en marche, lentement d’abord, sur le rythme d’une musique un peu aigrelette. Le cheval sur lequel j’étais assis montait et descendait maladroitement, sans doute pour imiter les secousses dues au galop d’un cheval. La musique s’intensifia, et le rythme accéléra. Lentement mais sûrement, les chevaux prenaient de la vitesse, et l’enchaînement montée-descente se faisait plus rapide. Je me cramponnai davantage au cheval : ce manège était décidément bien rapide pour son état. Des grincements peu rassurants s’échappaient de toutes parts, et je pouvais entendre le bruit des rouages s’entrechoquant dans une furieuse mécanique. À cela s’ajoutait la musique, laquelle me vrillait les tympans et agaçait mes nerfs. De par les accords employés, je finis même par la trouver plus inquiétante que joyeuse.
Et ce bruit, entêtant, comme des centaines de casseroles frappées les unes contre les autres
Il allait beaucoup trop vite.
Les secousses m’ébranlèrent de la tête aux pieds, m’arrachant à ma rêverie, et je dus m’agripper aux rênes pour ne pas chuter. Sous moi, le cheval frémissait, remuait beaucoup trop et produisait des halètements rauques. Je ne parvenais même plus à distinguer le paysage autour de moi tant la vitesse était grande.
Je voulais descendre. C’était trop rapide, cela bougeait trop ; je commençai à avoir mal dans le bas du dos et j’avais le cœur au bord des lèvres.
Je glissai un regard au bas du cheval, et compris que cette initiative m’était impossible : tous les chevaux galopaient, au sens propre. Je n’étais plus sur un manège : j’étais au milieu d’un troupeau déchaîné lancé à pleine allure. L’écume souillait leurs lèvres, leurs sabots martelaient le sol en un tapage épouvantable et des hennissements rauques s’échappaient d’entre leurs dents jaunâtres. Je resserrai mes cuisses autour de ma monture ; si jamais il m’éjectait, je mourrais piétiné par des centaines de sabots ferrés
Aux secousses de mon cheval et à sa vitesse s’ajoutait, pour mon plus grand malheur, l’effet centrifuge qui me déportait immanquablement sur la gauche, et je devais crisper tous mes muscles droits pour ne pas risquer d’être éjecté. Et je n’en pouvais plus. Mes muscles tendus au maximum m’arrachaient des gémissements de souffrance, et mes poumons étaient en feu. Les lanières des rênes me coupaient la circulation sanguine au niveau des doigts, et déchiraient les pansements qui recouvraient mes paumes. Comme j’avais mal !
Mais si je lâche je meurs, songeai-je, la bouche sèche.

Une secousse plus violente que les autres me désarçonna violemment, et je me retrouvai suspendu le long du flanc de mon cheval, la jambe encore coincée en travers de la selle. Ses muscles de bois heurtèrent mon buste, me coupant le souffle. J’allais tomber. J’allais tomber et mourir. Je serrai les mâchoires et fermai les yeux. La sueur ruisselait dans mon cou et entre mes omoplates ; je sentais avec horreur mes mains devenir moites, et j’enroulai vite fait la lanière autour de mon poignet. Cette idée s’avéra stupide, car ce geste me fit glisser davantage, et bientôt, la lanière scia mon poignet à tel point que je me mis à saigner.
Je ne devais pas lâcher. Ignorant les rênes qui me labouraient le poignet et la paume, je saisis le pommeau de la selle ; par chance, il s’agissait d’une de ces selles que l’on pouvait voir dans les westerns, et dont le pommeau s’ornait d’un genre de poignée – dont j’avais oublié le nom, mais était-ce réellement important ? –. Je nouai mes doigts endoloris et ensanglantés autour de cette prise salutaire, et tirai sur mon bras. Je ne me souvenais pas avoir jamais fait de gymnastique ; mais je me souvenais des longues courses sur les toits avec mes amis, d’escalades de grillages, et d’acrobaties sur les balcons. J’espérai que mon corps se souvenait de tous ces gestes.

Je m’étais parfois demandé ce qui pouvait bien pousser un homme à vivre, à s’accrocher à sa vie misérable, tout en sachant qu’après les souffrances, les peines, les pleurs et les efforts vains, il n’y aurait rien que le néant. Maintenant, je savais ; peu importait mon avenir, peu importait ce qu’il y aurait ensuite. À ce moment-là, je ne voulais qu’une chose, et je la voulais ardemment : vivre.
Je m’entendis pousser un hurlement quasiment bestial, et vis la selle se rapprocher cependant que je me tractais. Un coup de rein acheva de me remettre sur l’échine du cheval.
Je tirai alors sur les rênes avec toute la force dont j’étais capable. Freine. La bête secoua la tête avec rage.
Freine !
Elle se mit à tituber, bousculant les autres chevaux dans ce qui risquait de tourner au formidable carambolage.
Freine, je le veux !
Mon corps entier bascula en arrière lorsque le cheval se cabra, mais mes bottes ne quittèrent pas les étriers. Je retombai avec fracas sur son encolure lorsque la bête retomba sur ces quatre pattes, mais mes bottes ne quittèrent pas les étriers.
Le silence se fit alors. Autour de moi, toutes les bêtes avaient cessé bouger, figés dans leur folle cavalcade. La musique s’était interrompue. Les lumières s’étaient éteintes.
Je descendis de ma monture de bois immobile et titubai vers la sortie.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 1 Avr - 17:37

bounce  Le chapitre suivant a été mis sous spoiler parce que je considère qu'un PEGI 12 n'est pas suffisant. Je recommande plutôt 14-15 ans, mais peut-être est-ce parce que je suis un peu vieux jeu.
En tout cas, vous êtes prévenu
.

14-15 recommandé:
 
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Jeu 2 Avr - 18:15

Le Boulevard des Monstres était le dernier endroit où j’avais envie d’aller ; mais il était sur mon chemin. Derrière moi, la fête foraine était plongée dans l’obscurité, et nulle musique ne s’en échappait plus. Mais les ténèbres étaient, finalement, aussi oppressantes que les lumières multicolores et aveuglantes des manèges encore allumés. Je me rendais compte de plein de détails qui m’avaient, jusqu’alors, échappé : les dessins morbides et macabres sur les stands. Les mouvements furtifs dans les minces allées entre deux chapiteaux. Les boîtes à musiques tournant toutes seules, jouant toujours la même lancinante mélodie. Les flaques sombres tâchant le sol. Plus j’avançais, plus je ressentais ma solitude. Les rires des gens me paraissaient bien loin, à présent.
Je passai sous le portail du Boulevard ; ce dernier se présentait comme un immense labyrinthe dont les murs n’étaient que des toiles tirées entre des arceaux. Je ne fus pas surpris d’être accueilli par un présentateur débordant de fougue et d’énergie.
- Approchez, messieurs dames ! Venez voir les choses plus incroyables, les plus étonnantes, les plus invraisemblables qui soient sur terre ! Nous vous avions promis des monstres vivants, de chair et de sang ; et nous ne vous avons pas menti ! Vous rirez d’eux, frémirez à leur vue, et pourtant, si un accident était survenu à votre naissance, peut-être ne seriez-vous, finalement, pas différents d’eux !
Son discours enflammé me parut familier, mais je ne pus dire pourquoi. Je redoutais ce que j’allais voir. Je connaissais le principe d’une « Foire aux Monstres », et avais, au cours de mes recherches, vu bien plus que ce que je n’aurais souhaité. Dans mon dos, l’homme continuait à brailler :
- La monstrueuse Femme à Barbe ! L’Homme le plus Petit du Monde ! La sensuelle Femme-araignée ! Le Terrifiant Monstre à deux Têtes ! L’Homme-Pieuvre ! Le…
Je tâchai d’ignorer ses paroles, tandis que les images des créatures difformes s’imposaient dans mon esprit. Je devais continuer coûte que coûte, et ne surtout pas m’arrêter. J’entrai dans une salle sombre, froide, où s’entassaient des costumes et des masques de toutes sortes. Ne pas regarder, ne pas m’arrêter. Filer et ressortir de l’autre côté.

À peine avais-je pris ma décision que mon regard se posa sur une chose affreuse. Je reculai avec un sursaut, avant de reconnaître la créature qui se tenait devant moi.
Ces cheveux crasseux et coagulés en des touffes violacées, ces yeux exorbités de terreur et ce visage souillé de crasse et de croûtes, ces vêtements en lambeaux et cette allure bancale…
J’étais devant un miroir.
Je repris, lentement, mon calme, et m’approchai de la glace ; au-dessus trônait un écriteau sur lequel avait été soigneusement écrit : « Voyez quel Monstre vous êtes ! ».
En effet, c’était hideux. Je vis les yeux de mon reflet s’embuer de larmes ; c’était horrible, je ne me reconnaissais pas, j’étais défiguré. Ces lèvres baveuses ne pouvaient être miennes, ce regard fou et désespéré ne pouvait être le mien… L’image de mon visage ainsi ravagé me retourna l’estomac. J’avisai un tonneau empli d’eau et m’y plongeai la tête. L’eau était glacée, mais me fit du bien. J’utilisai le bac pour laver un maximum d’impuretés sur mon corps, et nettoyer les plaies sur mes mains et mes poignets.
Lorsque je reportai mon regard sur la glace, je fus soulagé de voir que, sans la boue et le sang, j’avais en fait conservé forme humaine. Je me défis des restes poisseux et disgracieux de mes habits et piochai une tenue propre parmi tous les accoutrements.

Je ne sais vraiment ce qui motiva mon choix, mais l’épuisement, le stress et la douleur durent jouer un rôle important. En tous cas, lorsque je sortis de la pièce, j’étais affublé d’un costume évoquant celui du personnage de Pierrot de la Commedia dell'arte : blanc, de soie légère, doté d’une fraise de dentelle autour du cou et orné de pompons noirs à la boutonnière. Le vêtement, bien que connoté et un brin amusant, n’en restait pas moins confortable et, surtout, parfaitement adapté à ma taille. C’est la raison pour laquelle je décidai de le garder.
Ainsi vêtu, je montai à l’assaut du Boulevard des Monstres.


- Il délire.
- Administrez-lui un tranquillisant.
… A-t-elle pris ses médicaments ?



Je m’adossai contre le mur, haletant. Et pourtant, je m’y attendais. Je savais ce que j’allais croiser dans les couloirs de cette attraction.
Et pourtant… Pourtant les « monstres » me soulevaient le cœur. Je connaissais leurs noms par cœur ; hypertrichose. Hamartomes. Achondroplasie. Hydrocéphalie. Atrophie et hypertrophie, je connaissais tous ses mots et savais parfaitement à quelles images les rattacher.
Et pourtant ils me terrifiaient bien plus qu’ils ne m’apitoyaient. Sans doute aussi parce qu’ils m’attaquaient.
Je me passai la main sur le front, épuisé. L’homme dans toute sa vicissitude et son immondice. J’avais été attaqué par des monstres sans tête, aux articulations inversées, tordus dans d’obscènes et douloureuses poses. J’avais tranché des êtres qui n’avaient même pas de mains pour m’attraper.
Pour l’amour du ciel, pourquoi tout était si abominable ?

Mon regard fut attiré par une douce lueur bleue, vers laquelle j’avançai en clopinant. Je n’avais nulle part où aller, de toute façon.
J’entrai alors dans une pièce poussiéreuse et vide, à l’exception du vieux métier à tisser en son centre. Je m’aperçus alors que la lumière provenait du fil lui-même. Ce ne fut qu’après que je remarquai la silhouette encapuchonnée  penchée sur l’ouvrage. Je me préparai à me défendre, lorsque je compris que je ne courais aucun danger. Pour cette fois.
- Ton cœur est bien lourd et empli de doutes, Hel, murmura alors la silhouette d’une douce voix féminine.
Je ne pus me contenir davantage.
- Pourquoi est-ce que tout doit être aussi affreux ? Demandai-je, la gorge nouée. Pourquoi dois-je endurer tout cela ? Leurs souffrance, leur malheur, leur démence… Pourquoi dois-je pâtir de tout cela ?
Mon interlocutrice se redressa, cessant quelques secondes son ouvrage. Mais, n’obtenant aucune réponse, j’ajoutai : cette torture… Tous les jours… Toutes les nuits… C-c’est… insupportable

- Mais tu la supportes, répondit faiblement la silhouette, en plaçant ses mains sur ses genoux.
Je relevai les yeux ; je fus incapable de trouver quelque chose à dire en retour.
Elle reprit :
- Le Boulevard des Monstres est l’avant-dernière étape. Traverse-le. Prends à gauche à la prochaine intersection. Ne prête pas attention à eux ; ils ne sont que les grotesques reflets de tes hantises.
Elle haleta, comme à bout de souffle. Cet état de faiblesse me marqua, et me rappela que j’étais dans le même. La lumière émanant du fil s’atténua doucement, et l’obscurité réintégra la salle.
- Je connais ta souffrance, Hel, acheva-t-elle en un souffle. Toi seul peux y mettre un terme.

Lorsque le noir fut à nouveau total, je sortis. Il me fallait désormais en finir.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Ven 3 Avr - 19:10

J'ai également mis ce chapitre sous spoiler pour les mêmes raisons que le précédant.

14-15 ans recommandé:
 
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 6 Mai - 12:19

C’était la dernière ligne droite, et jamais je ne m’étais senti aussi tendu.
Mes doigts étaient crispés sur mon arme, et j’avais mal dans le haut du cou à force de serrer les mâchoires.
J’avançais d’un pas raide vers l’Estrade, laquelle n’était maintenant plus qu’à quelques mètres. Dans la lumière rouge et dansante des torches et des flambeaux, elle semblait menaçante, telle une bête prête à bondir. Elle était également démesurée, comme si elle avait été prévue pour des acteurs immenses. Sur le portail gigantesque qui la surplombait, deux enceintes diffusaient de la musette à tue-tête. Je connaissais cet air, enjoué, burlesque, et ô combien agaçant : cette musique était celle annonçant, ni plus ni moins, l’arrivé du personnage comique et balourd de la troupe.
Je n’avais jamais eu peur des clowns, quand bien même l’œuvre de Stephen King m’avait quelque peu ébranlé ; mais je ne les avais jamais trouvé drôles non plus.
J’avais beau avoir perdu la mémoire, cette ambiance familière me dérangeait à la manière d’une amère arrière-pensée.

Je levai les yeux vers l’écriteau sur le portail ; j’eus un peu de mal à distinguer les lettres tant elles étaient stylisées, mais voici ce que je lus :

l’Antre du Joker – Les plus incroyables des surprises

Je frissonnai ; il me semblait avoir eu mon lot d’incroyables surprises. La « journée pleine de surprises sous le signe du Joker » m’avait laissé des séquelles que même mon psy ne serait en mesure de réparer, j’en étais persuadé.
Ce n’est qu’un rêve. Rien de ce que j’ai vécu n’est réel, rien de ce que j’ai fait n’a eu lieu, songeai-je. Ce n’était que le fruit d’une imagination corrompue par des dossiers médicaux et des films d’horreurs.
Et des souvenirs indésirables.
Je secouai la tête. Aucun souvenir n’était indésirable lorsque l’on était amnésique.


La musique changea brusquement lorsque je fus devant l’Estrade. Un son de trompette endiablé se fit entendre, suivit d’un roulement de tambour. Les torches et guirlandes s’éteignirent, plongeant la scène et moi-même dans l’obscurité.
Le spectacle allait commencer. Le roulement de tambour accéléra, s’affola, et soudain dégénéra en un beau fracas comme si tout l’orchestre s’était effondré. Des gloussements étouffés et des cris se firent entendre, puis s’ensuivit le silence.
J’attendis, tendu comme la corde d’un arc et prêt à bondir.
Quelqu’un se mit alors à ricaner de l’autre côté. La voix était aigrelette, et le rire prodigieusement stressant. J’eus soudain très envie de fuir, et ma gorge se noua. Le rire prit de l’ampleur, se fit plus fort, plus agressif, plus mauvais. Ce simple son me fit prendre conscience d’une chose horrible : j’allais encore souffrir. Peu importait comment, j’allais souffrir, être torturé, on allait me faire du mal et je n’allais pas pouvoir l’en empêcher.
J’avais soudainement très envie de pleurer et de me cacher. De creuser un trou et de m’y enterrer. Je n’avais pas envie d’avoir mal. Pas encore.

J’étais sur le point de tourner les talons lorsqu’un projecteur se braqua sur moi, m’aveuglant complètement.
- Alors, Hel, tonitrua une voix trop aigüe pour être agréable et trop moqueuse pour être sympathique, comment se passe ta journée dans notre beau parc ?
Je levai une main devant mes yeux, et tentai de voir mon interlocuteur ; mais la lumière me brûlait la rétine.
- Assez joué, répondis-je, tout en tâchant d’empêcher ma voix de trembler. Finissons-en.
- Oh que non, rétorqua la voix entre deux gloussements. On va encore jouer un peu, hein ? Tu as payé ton ticket, ce n’est pas pour te défiler avant le clou du spectacle…
Un incroyable raffut me déchira les tympans, et, sous mes yeux emplis de terreur, les rideaux s’écartèrent, et deux mains gantées en surgirent. Les mains étaient rattachées à des bras interminables engoncés dans des manches bouffantes et bariolées, eux-mêmes reliés à de larges épaules.
Et entre ces imposantes épaules trônait une tête.
J’eus préféré que mon interlocuteur n’en possédât pas : ce visage, hideux et terrifiant, était celui que j’avais aperçu dans la Roue de la Chance.
Les yeux déments et injectés de sang étaient dépourvus de paupières. Les commissures des lèvres avaient été arrachées et sectionnées en un rictus figé et ignoble. Sous le maquillage coulant et écaillé, je pouvais distinguer les rides et les dartres sur les joues. Les lèvres étaient retroussées sur des gencives noires et des crocs jaunes.
Et aucun nez rouge ne parvenait à détourner l’attention de ce regard fourbe et de ce sourire sadique.

J’étais si horrifié par ce faciès que je ne pris pas garde à la main qui fendait l’air. Je fus brutalement arraché du sol, et broyé sans pitié. Au-dessus de moi, je l’entendais rire à s’en décrocher la mâchoire. Les doigts empestaient la sueur rance, l’alcool bon marché et la chair morte ; je sentis la nausée s’emparer de mon estomac cependant que la poigne se resserrait. Un craquement sinistre m’indiqua que mes côtes commençaient à rompre.
Le cœur au bord des lèvres et le souffle coupé, je regardai sa bouche immonde s’approcher de moi, ses crocs s’écarter pour m’accueillir, sa salive visqueuse ruisseler le long de sa langue boutonneuse. Son haleine me fit vaciller, et je perdis, un court instant, connaissance. Je revins à moi très vite, toutefois, et fit chanter Rêveur Lucide.
Un son doux et aigu, comme un doigt humide glissé sur le bord d’un verre en cristal, retentit lorsque la lame trancha l’air et la chair. Le clown me lâcha avec un cri aigu et je tombai sur le sol.
- La partie n’est pas finie, Hel ! Ça ne fait que commencer !
Je le savais, malheureusement. Je me mis à courir à en perdre haleine.

Parce que je savais que c’était un rêve, je ne fus pas surpris de voir les décors s’enchaîner sans trop de logique, de constater que le chemin que je prenais ne ressemblait en rien à celui que j’avais emprunté à l’aller. Des couloirs interminables s’étiraient devant moi, des escaliers sans queue ni tête, des pièces vides. Je courais droit devant, sans avoir de but autre que m’éloigner du clown maléfique. Au bout de plusieurs mètres, j’arrivai au pied de la Grande Roue ; autour de moi, le sol était recouvert de déchets, de vieilles carcasses et de machines défectueuses. Je levai les yeux, à la recherche d’une issue ; j’en repérai une, à plusieurs mètres au-dessus de moi : une passerelle était tendue en travers du ciel. Je bondis dans la première nacelle de la Grande Roue. Derrière moi, le rire s’intensifia, et je compris que la Roue n’irait jamais assez vite pour m’emmener hors de danger ; je pris donc mon courage à deux mains, me repliai sur moi-même, et bondis vers la nacelle plus haute. Le compartiment grinça, mais tint le coup ; je réitérai l’opération, m’élevant chaque seconde un peu plus. Je m’agrippai à la passerelle de métal rouillé au moment où une gigantesque main gantée frappait la nacelle que je venais de quitter.
D’une traction, je me hissai sur la passerelle, la peur décuplant mes forces. Hélas, j’avais sous-estimé la solidité de l’échafaudage, et, avec un sinistre craquement, les piliers de métal cédèrent. Je me mis alors à courir sur la passerelle branlante, redoutant le moment où le vide m’aspirerait avec avidité ; mais ce moment ne vint jamais. J’atteignis le bout de la passerelle, bondis, et m’agrippai à ce qui s’avéra être des rails.
Je me mis à courir en titubant sur les rails suspendus dans le vide, obnubilé par mon désir de fuite. Les rails montaient, descendaient, formaient des vagues et même, parfois, des boucles.
Il me fallait garder mon rythme. Je ne devais pas ralentir. Je venais de formuler mentalement cette phrase lorsqu’un sifflement strident retentit. Devant moi, sur les rails, venait de surgir une impressionnante locomotive dont la cheminée crachait flammes et fumée noire. L’infernal train arrivait à toute allure sur moi, faisant trembler les rails et hurler les piliers de métal.
J’étais coincé. Le clown derrière moi, le train devant, et le vide en dessous.
Je m’arrêtai, indécis, le regard rivé sur l’engin qui se rapprochait beaucoup trop vite. Je crus même distinguer les passagers du train, de grotesques figures grimaçantes et cadavériques.
J’étais perdu.
Alors, dans un geste désespéré, je me jetai dans le vide.
Le panneton de ma Keyblade rencontra, par miracle, d’autres rails plus bas, et je fus brutalement stoppé dans ma chute, agrippé à mon arme. Mon soulagement fut de courte durée cependant, lorsque je vis le rail tordu plonger vers le bas.
Le panneton glissa.
S’ensuivit alors une démente descente digne des meilleures montagnes russes, qui m’arracha un long hurlement d’effroi. À cela s’ajoutait le crissement du panneton de Rêveur Lucide contre le métal du rail, et la gerbe d’étincelles qui en résultait.
Lorsque je vis le sol, je donnais une secousse à ma Keyblade, me dégageant du rail. Je m’écrasai brutalement sur le sol de paille, et ne bougeai plus. Lorsque je repris mes esprits, mon premier réflexe fut de vérifier Rêveur Lucide ; mais cette dernière était, en dépit de l’épreuve subie plus tôt, en parfait état. Je lâchai un soupir.

Deux immenses mains crevèrent alors le sol, et l’hideux faciès du clown se dressa au-dessus de moi. J’esquivai de justesse la main qui s’abattit sur moi, et me remis sur mes pieds. Les mains du clown frappaient, sans répit, cherchant à m’aplatir et me saisir. Les chocs ébranlaient le sol, lequel se fissura avant de s’effriter totalement, dévoilant un gigantesque gouffre dont les parois étaient maculées de sang et hérissées de pieux de métal.
Je n’eus d’autre choix que de me rattraper au vêtement du clown pour ne pas sombrer, et, à défaut d’autre idée, tentai de l’escalader. L’odeur était immonde, et celle, de charogne et de déjection, émanant du fond du gouffre l’était encore plus. Loin au-dessus de moi, le clown hurlait de rire. J’avais si mal, j’avais si peur, comment pouvais-je encore espérer m’en sortir ?
En bas m’attendait une mort horrible et atroce, je le savais ; mais peut-être qu’une fois ce supplice passé, je serais enfin en paix ? Peut-être valait-il mieux souffrir quelques secondes pour un repos éternel que se battre pour mener une vie entière de tortures ?


Dernière ligne droite. Dernière étape.
Sa voix douce revint à mon esprit. J’inspirai, et escaladai l’étoffe crasseuse. D’un bond, je me jetai hors du gouffre, et me hissai sur ce qu’il restait de sol. Au milieu de sa crevasse, le clown me sourit, amusé.
- Qu’est-ce qu’on s’amuse, hein, Hel ? Il écrasa son poing sur l’endroit où je me trouvais quelques dixièmes de seconde plus tôt ; je bondis sur la main, et commençai à courir sur le bras. Le clown recommença à rire, et essaya de me dégager d’une pichenette. Rêveur Lucide se chargea de frapper la main inquisitrice pour moi.
Un cauchemar. Un cauchemar dont je voulais être maître.  Un cauchemar dont je pouvais être maître. Que le reflet d’un esprit nourrit de films d’horreur et de dossiers médicaux.
Je courrais, frappais ses mains lorsqu’elles s’approchaient de moi, mais n’allais pas assez vite. Il me fallait l’atteindre à la tête, en plein dans son ridicule nez rouge, entre ses deux yeux de malade.

MON rêve. MON esprit. JE commande. Parce que je suis et que j’ai toujours été
Le clown écarquilla les yeux lorsqu’il vit l’immonde tête de fœtus, perchée sur son corps d’araignée, remonter son bras en hurlant. Il ne réagit pas assez vite, et lorsque la créature atteignit son visage, il était trop tard ; le monstre se dissipa pour ne laisser place qu’au tranchant de Rêveur Lucide.
… un rêveur lucide.

L’arme frappa sans relâche, sectionnant les veines, lacérant la chair, brisant les dents. Je frappai son visage, ses mains, son cou. Le rire se changea en hurlement de douleur, mais jamais je n’arrêtai. Je volais presque, entraîné par mes enchaînements de coups. Lorsque je m’élevai au-dessus de sa tête pour lui donner le coup de grâce, la Keyblade de cauchemar apparut à nouveau, immonde et fascinante. Je l’empoignai d’un geste sec, et frappai le clown avec toute la puissance dont j’étais capable.

Moi qui m’attendais à une effusion de sang, je fus presque déçu de voir mon adversaire se désagréger en un épais magma noir, dans lequel je retombai. La substance était froide et visqueuse, et acheva de tâcher mon vêtement de dentelle blanche. Je m’embourbai dans cet immonde mucus, en avalai, en respirai. Bientôt, la surface se referma autour de moi, et tout devint noir.


- Il est stable. Nous avons réussi.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 6 Mai - 12:24

Je fus heureux de retrouver la réalité, même si celle-ci avait l’odeur aseptisée, la chaleur moite et la lumière blanche des hôpitaux. Un signal irrégulier et aigu m’annonça que j’étais relié à un cardiogramme, mais que, en dépit de la sueur qui trempait mes draps, la douleur lancinante dans mon bras gauche et ma tête lourde, mon rythme cardiaque était normal.
Je refermai les yeux.
Je me sentais bien. J’avais la curieuse impression d’avoir accompli quelque chose, de m’être débarrasser d’une tâche encombrante.
J’étais vivant. Et j’étais réveillé.
Et surtout, pour la première fois depuis longtemps, j’avais vaincu mon cauchemar.

[Fin du Chapitre Deux]
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Sam 4 Juil - 19:22

bounce Avant toute chose, je tiens à préciser que ce rpg ne se passe pas à Silent Hill – puisque ce monde a été détruit – mais dans un reflet de Silent Hill ; c’est d’ailleurs pour cela que Hel peut le rejoindre en train.
L’explication de ce « reflet de Silent Hill » sera donnée en temps et en heure ; ce phénomène n’affecte en rien la trame de ce forum / ne va pas à l’encontre du passé de certains personnages.
bounce



Voyage à Silent Hill
scénario : Hel & Kavitchie
rédaction : Hel & Kavitchie
illustrations : Hel


~ Prologue


Viens me chercher, mon ami Hel. Moi et tes souvenirs.
N


La chose était suffisamment rare pour être relevée : je ne recevais, d’ordinaire, pas de lettre. Lorsque j’avais emménagé à la Cité du Crépuscule, je n’avais laissé aucune adresse derrière moi. Dans mon ancienne vie, j’avais perdu mes amis ; dans cette nouvelle ville, je ne m’en étais pas fait. La question était donc : qui avait bien pu m’envoyer pareil courrier ?
Évidemment, la signature ne m’était d’aucune utilité : « N », cette lettre était typiquement la signature de « N’importe qui ».  Je retournai l’enveloppe : pas d’expéditeur, bien entendu. Juste un timbre sur lequel il était écrit « Silent Hill ».

J’étais fatigué, à ce moment-là. Fatigué et las. Ces derniers jours avaient été rythmés par mes hospitalisations régulières et les agressions que j’avais subi ; parfois je les avais rêvées, souvent elles étaient trop réelles. Je commençais à douter de ma santé mentale, ce qui était, pour moi, le comble de l’horreur. À quoi pouvais-je me rattacher si même ma raison me faisait défaut ?
C’est peut-être pour cela que je ne remis pas en question la lettre plus que cela ; ou peut-être était-ce aussi parce qu’elle comportait le mot « souvenirs », et que c’était justement ce qui me manquait.
Pourtant, il était évident que je devais me méfier d’une telle offre : je ne connaissais pas l’expéditeur, mais lui me connaissait. Il m’invitait en un lieu dont j’ignorais jusqu’à l’existence, et m’offrait de me rendre la chose à laquelle je tenais le plus au monde. C’était un piège.
… Mais c’était aussi la seule piste que j’avais, désormais.

Alors je passai le reste de l’après-midi à me renseigner sur la ville.
Je m’attendais à un endroit sordide, glauque et dangereux, sans doute perdu au fin fond d’une campagne déserte ; je fus donc surpris d’apprendre qu’il s’agissait d’une petite ville touristique sur les bords du lac Toluka.
Mais une recherche approfondie m’apprit que la ville avait également  été une colonie pénale au XIXème siècle, d’où la construction d’une prison et d’un hôpital, lequel avait d’ailleurs servi lors d’une épidémie de peste. La fin du siècle avait été marquée par une série de mystérieuses disparitions dans la ville, et, le siècle d’après, Silent Hill avait été le siège d’un culte connu sous le nom de « The Order ». Je pariai que si je cherchai davantage, j’allais trouver que la ville était basée sur un ancien cimetière indien.
J’en arrivai à me demander comment la ville avait pu devenir un site touristique ; la réponse m’apparut au détour d’une page Web. Les mines de charbon s’étant asséchées, il avait fallu trouver une autre source de revenue ; hélas, une série d’événements pour le moins étranges avait compromis cette prometteuse initiative : disparition de navire, morts soudaines et inexpliquées… À cela s’était ajouté la vente secrète de substances illicites et, plus étrange, la venue au monde d’une petite fille nommée Alessa

… Je ne pus, hélas, en apprendre plus : comme dans un film d’horreur de série B, mon ordinateur planta lamentablement, me privant de la suite de ma captivante lecture. Mais j’avais, malgré tout, pu sauver un plan de Silent Hill, et l’adresse d’un hôtel basé sur le bord du lac. Parce que, oui, en dépit de ce que je venais d’apprendre, j’avais toujours envie d’aller là-bas.
Avais-je le choix ? Bien sûr que oui : je pouvais choisir de rester à la Cité du Crépuscule, cette ville que je haïssais, en compagnie de ses habitants qui me considéraient comme un alien doublé d’un psychopathe, et passer le reste mes vacances à étudier dans l’espoir de retrouver un niveau scolaire potable.
J’avais le choix. Je fis le mien.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Lun 6 Juil - 12:40

~ Chapitre Premier : Bienvenue à Silent Hill

- Terminus ; tout le monde descend.
J’ouvris les yeux et ôtai mes écouteurs, un peu déboussolé ; où étais-je ?
Les souvenirs me revinrent alors que je récupérais ma valise de sous le siège : j’étais dans un train de campagne, et j’allais à Silent Hill. J’avais décidé d’y aller en dépit des allures de piège évidentes de l’offre, et j’avais décidé d’y aller seul ; de toute façon, personne n’aurait accepté de m’accompagner dans ce périple. Mais, après tout, n’étais-je pas en possession « de l’arme la plus puissante », la fameuse Keyblade ? Que pouvais-je craindre ?
Esquisse de Hel : la gare:
 

Silent Hill n’était pas accessible en train, et il me fallait désormais continuer à pied ou en taxi. Lorsque je descendis sur le quai, cependant, je compris vite que la première option serait désagréable et la seconde impossible : perdue au milieu des arbres et de la folle et sauvage végétation, entourée de brume froide, la gare était petite et mal entretenue : l’absence de fenêtres et de portes en faisait un endroit propice aux courants d’air, et des touffes d’herbes poussaient entre les briques effritées des murs.  Mais, surtout, la gare était désespérément vide : j’étais le seul voyageur à être descendu du train, et, nulle part, je ne voyais de taxis.
Je resserrai le col de ma veste autour de mon cou, et me résolus à faire le voyage à pied.

Comme sur le guide touristique, la ville avait été bâtie parmi les collines boisées de la région, au pied des montagnes et à la croisée de rivières ; cependant, le guide avait omis – pour des raisons évidentes  – de parler de la grisaille ambiante, du brouillard glacé et épais qui serpentait entre les arbres, et de la nature boueuse du sol. Je marchai longtemps, en suivant le sentier que m’avait indiqué mon moteur de recherche. Hormis le bruit de mes pas, la forêt était très silencieuse : pas de bruit d’oiseau, pas de bourdonnement d’insecte, pas même le bruit d’une de ces fameuses rivières. Je n’étais même arrivé en ville que, déjà, l’atmosphère était oppressante. Je tentais de rester calme malgré tout : j’étais un « grand garçon », armé, entraîné, vacciné. Je n’avais pas de raison d’avoir peur.

Au bout d’un moment, je finis par sortir des bois et débouchai sur une grande avenue de béton ; en m’approchant encore, j’aperçus un grand panneau de fer sur lequel il était inscrit « Bienvenue à Silent Hill » ; deux lampes éclairaient faiblement le message d’accueil qui, pour moi, semblait aussi froid qu’une lame d’acier sur la gorge. Je jetai un coup d’œil au-delà du panneau, tâchant d’entrevoir la ville, mais je ne vis que la blancheur de la lumière blafarde sur le brouillard.
Esquisse de Hel : le panneau:
 

Avec un soupir, je me remis en marche. Je fus surpris de voir les premiers bâtiments : je ne m’attendais à ce qu’ils fussent si près, en réalité. Ils surgissaient de la brume au fur et à mesure que j’avançais, sombres, vétustes, décolorés. À l’instar de la gare, la ville semblait déserte ; cette absence de vie, ajoutée à la brume, me donnait sincèrement l’impression d’avancer dans une ville fantôme. Les seuls sons étaient ceux de mes bottes et de leurs sangles de métal, du frottement de ma redingote contre le jean de mon pantalon, et du long et grave bruit des roues de ma valise sur le goudron irrégulier. Je finis par apercevoir un panneau, qui m’apprit que j’étais dans la rue Midwich. Mon hôtel, sans aller jusqu’à dire qu’il était « à l’autre bout de la ville », n’était clairement pas « la porte à côté ».
Décidément, j’allais arriver épuisé à cet hôtel.
C’est à ce moment-là que je me rendis compte que mon expédition n’avait pas de sens : la ville était grande, et N ne m’avait laissé aucune adresse. Il pouvait être n’importe où, voire hors de la ville. Le découragement s’abattit sur moi, m’arrachant un soupir. Tant pis. J’étais , désormais ; si je restais dehors, j’allais attraper la mort. La nuit n’allait plus tarder à tomber, en dépit de l’heure peu avancée ; mais cela faisait partie des joies de l’automne.
Je me remis en route une fois encore ; pour le coup, j’avais le choix entre trouver cet hôtel, une chambre et une douche, ou attendre que le froid ne m’ôte le peu de santé qu’il me restait.

Je finis par arriver aux abords d’une école ; c’est ici que je rencontrai le premier être vivant depuis que j’étais descendu du train.

Il était grand, plus grand que moi encore ; ses cheveux noirs de jais tombaient en de longues mèches folles autour de son visage lisse et pâle. Ses iris possédaient une étrange couleur améthyste, et un grand manteau noir étaient jeté sur ses larges épaules.
Le premier regard qu’il laissa tomber sur moi ne fut ni chaleureux, ni sympathique : il s’agissait du regard que l’on jette à un importun en se demandant jusqu’à quel point il pouvait être nuisible.
Esquisse de Hel : Sakkaku:
 

- Qui êtes-vous ? Me lança-t-il tout de go, comme si ma présence était un phénomène aussi singulier qu’ennuyeux.
- Je m’appelle Hel, répondis-je. Et, comme pour justifier mon intrusion, j’ajoutai : Je cherche un hôtel.
- Il n'y a pas d'hôtel dans ce lieu maudit, rétorqua-t-il.
Je restai silencieux. Cette expédition s’avérait vraiment, réellement, insensée. Mais puisque j’étais désormais plongé dedans, j’allais agir de manière insensée à mon tour : je sortis la lettre de ma poche et expliquai vaguement à mon interlocuteur que j’avais été invité par un certain N à Silent Hill. L’homme observa le papier, et annonça, l’air grave :
- Je crains que les esprits n’essayent de t'attirer dans ce lieu. As-tu commis un crime ?

Sa question me dérouta. Avais-je commis un crime ?
Par « crime », voulait-il parler des infractions répertoriées dans notre Code Pénal et sanctionnées par la détention ? Où englobait-il également – et à tort – les délits et les contraventions ? Et surtout : en quoi cela lui importait-il ? Puis je me souvins soudainement que ma situation était, de toute façon, étrange et passablement dangereuse ; si cet homme possédait des informations que je n’avais pas, il me fallait les lui soutirer.
Je voulus lui répondre, avant de me rappeler que, justement, je ne m’en rappelais pas. Je ne pensais pas en avoir commis ; mais comment pouvais-je en être sûr, dans la mesure où je n’avais gardé aucun souvenir de ces dernières années ?
J’étais venu ici justement afin de recouvrer la mémoire. J’étais revenu en case départ.

- Je ne sais pas, finis-je par avouer.
- Tu ne sais pas ? Répéta l’homme, peut-être légèrement surpris. Je secouai la tête. Il reprit : tu es... amnésique ? C'est pour cela que tu viens dans cette ville ?
Le mot « amnésique » me fit tiquer, encore plus que ce tutoiement soudain et familier. Oui, j’étais amnésique. Autrement dit, je n’étais plus rien.
Mais cet homme savait des choses. Je le sentais. Je n’étais pas du genre à quémander de l’aide, mais, pour une fois, je lui étais reconnaissant de d’être trouvé sur mon chemin. Soudain, ma quête semblait bien moins folle, bien moins irréaliste.
- Amnésique... oui, c'est ça. J'ai perdu la mémoire suite à un choc. En tout cas, c’est ce que les médecins avaient conclu. Il n’était jamais très prudent de révéler à un parfait inconnu que l’on avait perdu la mémoire, et donc la plupart de ses repères. Mais, outre la confiance que j’avais en ma Keyblade, il me sembla que j’avais également confiance en lui. Je finis tout de même par la question classique : mais qui êtes-vous ?
- Sakkaku. Je suis en quelque sorte un mercenaire. Je viens rechercher une petite fille.
Une certaine Laura. Une orpheline.
- … Ah bon. Je ne m’attendais pas à ce genre de réponse ; mais comme souvent dans ce genre de situation, je restai inexpressif. Nous restions méfiants malgré tout, d’où la rétention d’informations. Je préférai ne pas me montrer plus curieux, et changeai de sujet : de quels esprits vous parliez, à l'instant ?
Il me toisa un instant, et répondit, en optant cette fois pour le vouvoiement :
- Vous avez fait des recherches sur cette ville avant d'arriver ici ?
- Un peu.
- Qu'avez-vous appris sur cette ville ?
Je lui racontai ce que je savais ; il finit par m’interrompre cependant :
- Vous parlez de la vraie Silent Hill. Pas de celle-ci. Je restai silencieux. Il poursuivit : cette ville n’est qu’un reflet de Silent Hill. La vraie Silent Hill a été détruite il y a quelques temps. Je ne répondis pas.
Un reflet ? Qu’est-ce que cela signifiait ? N’étais-je pas dans la « réalité » ? Étais-je à nouveau en plein rêve ? Et la lettre que l’on m’avait envoyée… De quelle ville venait-elle, finalement ?
- Cela ne change pas grand-chose, reprit Sakkaku. Comme pour l’original, on dit que les personnes ayant commis un crime – ou se sentant coupable d'un crime – voient apparaître des monstres représentant leurs péchés et déformant la réalité. Par ailleurs, un monde parallèle s'est ouvert au fin-fond de certains bâtiments, tels que l'école ou l'hôpital.
Je restai abasourdi ; non-seulement je n’étais pas dans une vraie ville, mais dans un reflet, mais en plus cette ville était encore plus dangereuse que ce que je pensais. Et brutalement, je me sentis très mal à l’aise : je redoutais ce que je risquais d’y voir.

- Bien, lança Sakkaku en se dirigeant vers l’école. Votre amnésie doit surement vous aider dans votre quête. Mais je vous conseille de faire attention où vous mettrez les pieds.
Je ne voyais pas du tout en quoi cela pouvait m’aider. Je comprenais juste que je m’étais jeté dans la gueule du loup, et qu’il avait refermé ses crocs sur ma jugulaire. J’avais froid. J’avais peur. J’avais espéré trouver un hôtel ; mais il n’y en avait pas. J’avais espéré trouver N ; mais peut-être n’existait-il même pas. J’avais envie de rentrer chez moi, mais je n’avais pas de chez moi : la Cité du Crépuscule n’était pas mon foyer, ma cité natale n’était plus que des murs silencieux et étouffants. D’une voix faible, je demandai :
- Vous savez où je pourrais poser mes valises ?
- Je crains fort qu'il faut que vous les laissez dans un hôtel à l'extérieur de la ville. Ici, vous risquez de vous les voir disparaître
, lâcha le mercenaire.
- Ah. Très bien. Merci pour votre aide. Il n’y avait pas d’hôtel hors de la ville. Il n’y avait que le Lakeview Hotel qui n’était plus. Je m’éloignai d’une démarche mécanique.
- Vous voulez que je vous attende pour visiter la ville ? Demanda alors Sakkaku.
Je me retournai, indécis ; allais-je visiter la ville ? Avais-je besoin d’aide pour cela ?
- Ce n'est pas la peine, bredouillai-je, troublé par l’offre. Merci.
- Très bien. Il s’engouffra dans l’école, me laissant sur le trottoir.

Allais-je visiter la ville ?
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Ven 17 Juil - 9:23

~ Chapitre Deux : Les couloirs de l’école

J’étais fou. C’était une évidence.
Muni d’un sac à dos, je venais de m’engouffrer dans l’école. Cette dernière semblait avoir été abandonnée des années auparavant. L’endroit était sombre et poussiéreux ; mais au moins, j’étais à l’abri de la brume froide et humide. Sakkaku avait disparu depuis longtemps : seules subsistaient ses traces de pas dans la poussière. Mais les ténèbres s’épaississant, je dus renoncer à les suivre. Je fus d’ailleurs sur le point d’abandonner mon exploration tout court, lorsque mon pied crissa sur quelque chose. Je ramassai l’objet : aussi incroyable que cela pût paraître, il s’agissait d’une lampe-torche. Je l’allumai. Quelqu’un, quelque part, souhaitait réellement me voir continuer cette expédition, j’en étais convaincu. Mais je ne parvenais à rebrousser chemin.
Le halo blanchâtre se posa sur un autre objet, plus insolite : un poste de radio. Le modèle était obsolète et les composants vétustes. La rouille rongeait le métal, le bouton s’était érodé sous la pression des doigts des utilisateurs. Je dépliai l’antenne, et tournai le bouton : la radio crépita quelques instants, avant de redevenir silencieuse.
Quelle utilité. N’étant ni lourde, ni encombrante, cependant, je la pris dans mon sac, et repris mon chemin. Grâce à ma lampe, je pouvais voir à quel point le bâtiment dans lequel j’évoluai était mal en point : les murs étaient couverts de moisissures, le plancher grinçant était tâché d’humidité, le papier peint s’arrachait sur le plafond.
Je passai la tête par une porte : il s’agissait d’une salle de cours qui aurait parfaitement convenu à une classe de morts-vivants. Sur le tableau noir, quelqu’un avait inscrit « Classe 1A, Bienvenue à Silent Hill ».

Je restai interdit en reconnaissant cette écriture légèrement tordue et irrégulière. Peut-être allais-je quand même trouver l’auteur de ma lettre, finalement…

C’est ce moment que choisit la radio pour se mettre à grésiller. Je la sortis de mon sac, intrigué : il m’avait pourtant semblé l’avoir éteinte. Le temps que je fasse tourner le bouton, un autre bruit se mêla à celui des enceintes : des rires d’enfants. Quel genre d’enfant pouvait rire en un lieu pareil ? Je compris qu’il ne s’agissait pas d’un son émis par la radio lorsque des bruits de pas se firent entendre dans le couloir.
Vivement, je me plaquai contre le mur. Quelque chose approchait. La radio ne cessait plus de grésiller, produisant un son insupportable. Je sentis mon cœur accélérer ; j’étais armé, et pourtant, j’avais tellement peur. Une ombre apparut au coin du couloir. Brusquement, je me mis à penser au monstre que j’avais rencontré dans cet établi, à la Cité du Crépuscule. Je revoyais ses innombrables mains de poupée, son masque, son corps fait d’autres corps.
J’avais peur de ce que j’allais voir. Comme souvent, le fait de ne pas pouvoir distinguer mon ennemi le rendait bien plus terrifiant ; d’autant plus que mon imagination était, en ce qui concernait l’horreur et le macabre, bien au-delà  de la moyenne.

Alors, lorsque je vis enfin le faciès du nouveau venu, j’éprouvai un certain soulagement. De courte durée. La créature n’avait pas de faciès, en vérité : juste une boule de chair tuméfiée et boursouflée. Ses bras, deux prothèses de bois, se terminaient par de longues lames effilées. Du sang maculait le haut de son crâne difforme. Et il ne cessait de rire.
- ... Qu'y a-t-il de si drôle ? M’entendis-je dire. L’enfant – en tout cas, cela avait le rire d’un enfant – me toisa quelques secondes, puis son visage se déchira en une large gueule, et se rua sur moi. Malgré les ténèbres, je vis clairement la chair noire de ses gencives et les crocs qui les hérissaient.

Mes jambes me catapultèrent vers l’arrière. Je bondis par-dessus les pupitres, contournai la créature et m’élançai vers la sortie. Mon cœur me secouait les côtes. Je me jetai sur la porte d’entrée, mais cette dernière resta close. J’étais coincé. Je me retournai, et m’aperçus qu’entre-temps, mon agresseur s’était trouvé un petit camarade. Dos à la porte, je fis face.

Soudain, un ombre surgit à mes côtés ; une lame fendit l’air. Les deux créatures furent tranchées en deux dans la largeur par la longue lame d’une épée à deux mains. Je contemplai leurs petits cadavres difformes se convulser, et s’immobiliser.
- Je suis arrivé à temps, on dirait, fit Sakkaku en rengainant son épée.
- À temps pour quoi ? Répliquai-je. S’il s’imaginait qu’il m’avait sauvé la vie, il se méprenait.
- Pour voir ces fameux gamins, répondit le mercenaire. Je me demandais à quoi ils ressembleraient. Avec leur veste blanche et leurs yeux blancs…
- Ils n'avaient pas d'yeux.
Fis-je obligeamment. Et leur veste n'est pas blanche. D’ailleurs, ils n’avaient pas de veste. Sakkaku émit un petit « hm ».
- Les rapports sont donc vrai...Chacun voit sa propre Psyché dans cette ville maudite.
Je restai silencieux. Cela rejoignait la théorie selon laquelle les criminels y voyaient des monstres. Mais que devais-je penser de ce que je venais de voir ? Ma « psyché » ressemblait-elle à une de ces affreuses créatures ? Où n’était-ce encore qu’un cauchemar ?
Je préférai changer de sujet :
- Vous avez trouvé Laura ?
- Non... J'ai visité que le rez-de-chaussée. Apparemment, il y a une cour, un étage et un sous-sol. Avez-vous une arme ?
J’acquiesçai.
- Bien. Restons tout de même ensemble. Ce sera plus sûr, fit le mercenaire en rangeant son épée.
Cela ne m’arrangeait pas. Je n’aimais pas vraiment la compagnie des autres, surtout si ces autres pouvaient me gêner.
- Soit... Mais n'allez pas croire que je vous doive quoi que ce soit, fis-je, pendant que mon nouveau partenaire s’avançait vers un escalier. Je m'en serais sorti sans vous.
- Je ne crois rien, répondit-il sans me regarder. Et je me doute bien que vous vous en sortirez tout seul.

Et, sur cet échange, nous nous mîmes à faire route ensemble.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Ven 4 Sep - 11:22

~ Chapitre Trois : Autremonde

- Hm... J'espère qu'elle va bien.
Je pouvais concevoir son inquiétude : outre les ténèbres oppressantes, les murs rongés par la pourriture et le plancher menaçant de s’effondrer, des traces de sang encore frais maculaient le sol, et une odeur de charogne planait dans les couloirs.
Ce premier étage était pire que le rez-de-chaussée
.
- Si elle n'a pas commis de crime, elle ne devrait pas être en proie à ces monstres, reprit Sakkaku.
Cette information me fit relever la tête.
- S'il l'on en a commis un... Les monstres nous attaquent ? Ou ils attaquent même si l'on n'en a pas commis ?
Je priai pour que la seconde option soit plausible.
- ... Ou quand on pense – ou que votre inconscient pense – qu'il en a commis un, répondit le mercenaire.
L’étau qui broyait ma gorge et mon estomac se desserra d’un coup : peut-être n’étais-je l’auteur d’aucun crime. Peut-être que les monstres ne m’avaient attaqué que parce que je doutais. Je tentai de me convaincre de cette éventualité.

Brusquement, nous fûmes jetés au sol par ce qui ressemblait à un séisme. Sakkaku émit un grognement pendant que je m’effondrai sur le plancher. La lumière de nos lampes vacilla, puis s’éteignit totalement. Je me collai au mur, cherchant un point de repère.
Au bout d’une trentaine de secondes, le séisme se calma de lui-même, de manière aussi soudaine qu’il était survenu, et la lumière revint. Mais cette fois, il ne s’agissait plus de nos lampes-torches : nous étions éclairés par une lueur, tamisée et blanchâtre, provenant des lampes à néon qui pendaient du plafond.
Et nous n’étions plus dans l’école.
- Que se passe-t-il ? M’enquis-je d’une voix hésitante.
- Changement de dimension, haleta mon partenaire.
- Vraiment… ?
C’était une évidence. Le béton qui composait murs, à nu depuis que le papier peint avait été grossièrement arraché, était souillé de tâches marrons. Le carrelage qui tapissait le sol était poisseux de sang. Sur les tables sales s’étalaient nombre d’instruments et de fioles, tout aussi malpropres. Balances. Chauffe-ballons. Tubes à essai. Béchers. Paillasses boueuses et divers couteaux maculés de fluides corporels. Une odeur âcre me prit à la gorge. Je connaissais ce genre d’endroit ; j’y passais la moitié de mon temps libre.
Nous étions dans un laboratoire.
- Ce n'est pas possible… Haleta alors Sakkaku, en titubant.
- Que se passe-t-il ? Où sommes-nous ? Demandais-je. Pour une étrange raison, je me sentais plutôt calme. Je me savais éveillé, mais je savais aussi que ce monde n’était pas vraiment réel. Sakkaku ne répondit pas tout de suite, secoué par un haut-le-cœur.
- Désolé… Nous sommes… dans un laboratoire.
- Certes ; je l'aurais deviné tout seul…
Fis-je d’une voix absente, tout en observant les instruments. Quel genre d’expérience avait-on pu mener dans un endroit aussi insalubre ? Les lames des scalpels étaient rouillées. Les bistouris étaient émoussés. L’espace d’une seconde, j’imaginai ces outils, utilisés sur ma personne. Un frisson me parcouru l’échine.

- Il faut avancer, souffla Sakkaku d’une voix rauque, tout en passant dans la pièce d’à côté.
- Monsieur Sakkaku ; sommes-nous dans cette autre dimension dont parlent les sites sur le paranormal ? Fis-je. Je connaissais la réponse : nous étions dans un genre de rêve.
- Oui… Ou plutôt… C'est une dimension qui représente la Psyché de quelqu'un.
- La vôtre… Non ? Dis-je en entrant à mon tour dans la salle.
Cette fois, l’odeur de sang me fit reculer.
Comme pour la salle précédente, des instruments de chirurgie et de chimie s’entassaient sur les étagères ; mais au centre de la salle, sur la table d’opération encore ruisselante de sang, gisait le corps d’un petit garçon décapité. Sakkaku gémit. Je parcourus la scène du regard, comme absent : je n’arrivais pas à croire ce que je voyais. Ce n’était qu’un cauchemar. J’en faisais tout le temps des similaires. Je savais ce que je devais voir ; j’avais lu tant de livres sur le corps humain, la chirurgie, la dissection… Mon cerveau analysait mécaniquement la scène, comme un ordinateur : les bords de la plaie n’étaient pas nets, ils avaient dû s’y prendre en plusieurs fois. La colonne vertébrale avait été plus arrachée que sectionnée. Le sang avait commencé à coagulé, mais le décès était très récent
C’était comme si mon âme s’était temporairement mis en veille : pour ne pas m’évanouir, ou perdre le peu de courage que j’avais, j’étais devenu une machine insensible.
Avais-je vécu cela ? Étions-nous dans la psyché de Sakkaku… Ou la mienne ?
Esquisse de Hel : le laboratoire:
 

J’aperçus alors des ombres dans le fond de la salle. Des personnes. Des gens qui nous observaient fixement, immobiles et inquiétantes. Malgré la pénombre, il me semblait distinguer des blouses. Des laborantins. Je restai figé, indécis ; elles en firent autant. Depuis combien de temps étaient-elles là ? Qu’attendaient-elles ? J’avançai vers le fond de la salle. Elles ne réagirent pas. Plus je m'éloignais de la porte, plus je sentais mes tympans bourdonner, mes tempes battre. Les silhouettes m’attendaient, silencieuses, presque narquoises. Je les imaginai prendre vie, m’attraper lorsque je ne serai plus qu’à quelques mètres. Je me retins d’invoquer mon arme. Les silhouettes
… Étaient des mannequins. Quelqu’un avait jugé bon de les vêtir de blouses blanches et de masques de chirurgiens. Dans la lumière hésitante des lampes, les poupées était aussi grotesques que terrifiantes. Je sentis mes jambes trembler. Je commençais à perdre mon sang-froid. Et le mot « sang » me rappela ce qu’il y avait dans mon dos, sur la table. Ce n’était pas un petit enfant. C’était de la viande. Juste de la viande. Rien de plus que de la viande. Je ne devais pas penser que la personne avait été humaine. Je devais oublier que l’opération avait été bâclée au point d’en devenir une boucherie. Je ne devais pas penser aux organes flottant dans le formol. Aux instruments maculés de liquide poisseux et brun. Je devais rester maître… Tout ceci n’existait pas.

Un bruit sourd m’arracha à mes pensées. Dans mon dos. Je fis volte-face : Sakkaku venait de tomber à genoux, la main plaquée sur la bouche.
- Monsieur ? Dis-je en lui effleurant l’épaule.
Le mercenaire sursauta vivement, et regarda autour de lui, en proie à une peur irrépressible.
- N-non… Pas… Bredouilla-t-il, sans me reconnaître.
Je n’étais pas du genre à m’attendrir, ni même à compatir ; mais je pensais savoir ce qu’il ressentait en ce moment même : son regard halluciné, cette panique au fond de ses yeux me rappelait celle que j’éprouvais en me réveillant au beau milieu de la nuit, juste après un cauchemar. Je devais le ramener à la réalité.
- Monsieur ? C'est moi, Hel… Vous cherchez Laura, une orpheline, vous vous souvenez ? Il sembla retrouver ses esprits. Il me présenta à nouveau des excuses, et se releva.
- Il faut retrouver Laura au plus vite.
- Sans doute… Mais moi, il me faut trouver « N ». Ce n’était pas parce que je l’aidais maintenant que j’avais oublié mon objectif principal. En vérité, et je me haïssais pour cela, le sort de la petite Laura m’indifférait. Plus vite je trouvais ce que je cherchais, plus vite je pouvais repartir. Nous remettons-nous en route ?
Il acquiesça.
C’est ce moment que choisirent les têtes pour nous attaquer.  

Des têtes d’enfant, dépourvues de corps, dont le visage était tordu en une grimace de douleur. Je me jetai sur la porte, mais, comme je l’avais parié, elle était verrouillée. Pire, mon partenaire était figé, raide, terrifié. Les têtes se mirent à hurler :
- Tu nous as tuées… Tu nous as tuées !
Je me mis dos à la porte.
- Sakkaku… Réveillez-vous… Ordonnai-je à mi-voix. Les têtes reprirent de plus belle :
- Coupable ! Coupable ! Tu nous as trahies ! Nous, les autres expériences ! Coupable ! ! !
La Keyblade trancha l’air, belle et gracieuse comme à son habitude. Mais les têtes ne parurent pas gênées outre mesure : elles reculèrent à peine, puis revinrent à l’assaut. À mes côtés, Sakkaku s’effondra, impuissant. Je lui ordonnai de se relever, mais sans effet : mon partenaire m’était totalement inutile. Les têtes ne cessaient plus de hurler ; du sang ruisselaient de leurs yeux haineux. À force de coups de Keyblade, les têtes finirent par s’éloigner, elles et leur insoutenable ritournelle.
- Coupable ! Coupable ! Coupable !
- Oui… Je… suis… coupable
Murmura le mercenaire à genoux.
Je laissai retomber mon bras le long de mon corps. L’attaque m’avait fait mal, même si aucune tête ne m’avait touché : la douleur était dans mon cœur
- Sakkaku… Rappelez-vous la raison pour laquelle vous êtes là… Ne laissez pas vos crimes vous entraver… Haletai-je, tout en massant ma poitrine. Le mercenaire sembla reprendre ses esprits, mais le doute se lisait encore dans son regard. Vous cherchiez Laura… Vous vous souvenez… ? Ajoutai-je.
- Laura… Murmura-t-il.
- Remettons-nous en route.
- Oui…

Il dégaina son épée, et, d’un mouvement d’épaule, brisa le verrou de la porte. Cela avait été simple. Nous repassâmes dans la première pièce, puis sortîmes par une deuxième porte, laquelle donnait cette fois sur un couloir. Ce dernier s’enfonçait jusqu’à perte de vue dans les ténèbres, et était, à l’instar du reste, sale : le carrelage et les murs avait été éclaboussés de sang. Les impuretés s’étaient incrustées entre les dalles, et rendaient nos semelles collantes.
- Enfin… sorti, souffla Sakkaku.
- Savez-vous où chercher ? M’enquis-je. Nous n’étions plus dans l’école, nous n’étions même plus dans le vrai monde. N m’avait-il écrit depuis cette dimension ?
- Non, répondit le mercenaire. Il est possible qu'elle ne soit pas dans cette dimension. Il faudra redescendre.
Redescendre, soit, mais où ? Mon partenaire se mit en marche. Je le suivis, la tête emplie de questions ; l’action était passée, désormais, je voulais des explications.
- Ces têtes… Vous savez qui elles étaient ? Sakkaku évita soigneusement de me regarder.
- Ma Psyché… Fit-il, avant de redevenir silencieux.
Je ne pouvais me contenter de si peu : j’avais été attaqué par des monstres sortis de sa tête, je souhaitais au moins savoir comment les vaincre. Par ailleurs, je sentais mon compagnon instable : si je ne voulais pas le traîner derrière moi à la manière d’un boulet, il me fallait le faire réagir.
- Avez-vous commis des crimes ?
Ma question lui arracha un soupir ; il passa ses doigts fins dans ses cheveux de jais. Ce geste, très humain, me rassura : mon partenaire revenait à lui.
- Il va bien falloir le savoir un jour, lâcha-t-il, résigné. J'ai… tué et été tué. Quand j'étais une expérience pour l'immortalité, il a fallu s'entretuer entre les différentes expériences. Certains sont véritablement morts. Nous sommes que quatre à avoir survécu.

J’analysais ses dires. Ses réponses apportaient d’autres questions. Avait-il réellement été tué ? Une « expérience pour l'immortalité » ? Tout ceci m’évoquait l’alchimie médiévale, avec la recherche désespérée de la vie éternelle et de la Pierre philosophale ; mais il ne s’agissait que de fantasmes dus à un certain optimisme et, surtout, à un terrible manque de connaissances scientifiques. Du moins, c’est ce que je pensais…
- D'où ce laboratoire, fis-je simplement, afin de ne pas le harceler de questions sur sa prétendue « immortalité ».

Au fur et à mesure que nous avancions, les murs semblaient moins tâchés et plus abimés. Le carrelage ensanglanté céda sa place à du bitume gras et le plafond disparu, remplacé par ce qui ressemblait à un ciel de plomb. Lentement mais sûrement, le décor changeait. Mais je n’y prêtais qu’une attention distraite : pour moi, la question de la victoire sur la mort me semblait bien plus préoccupante. Si Sakkaku avait survécu à la mort, alors est-ce que l’immortalité était une réalité ? Pouvait-on réellement ne pas mourir ? Je ne pus m’empêcher de lui poser la question :
- Seriez-vous immortel ?
Sa réponse me laissa sans voix :
- Oui.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Ven 4 Sep - 11:42

~ Chapitre Quatre : Cauchemars

Sa réponse m’avait fait oublier, l’espace de quelques minutes, que le décor autour de nous avait totalement changé.
Nous avancions désormais dans une ruelle étroite et insalubre ; la seule lumière émanait des néons grésillant qui ornaient les murs crasseux. De larges bouches d’aération laissaient entrevoir les hélices immobiles des ventilateurs rouillés. Le bitume était humide et gras, et les poubelles étaient emplies de déchets visqueux infestés de mouches. L’odeur y était âcre et le ciel semblait avoir été peint en noir tant sa couleur était irréelle.
Ma gorge s’assécha. Je connaissais ce genre de décor : mis à part les giclées de sang sur le sol et les escaliers de métal rouillé courant le long des façades sales, cet endroit était le théâtre de mes cauchemars récurrents.
- Le monde… a changé, fit remarquer mon partenaire. Je hochai la tête, incapable de répondre. Avançons alors. Nous devons sortir pour aller chercher Laura et ce fameux N.
Sortir. C’était mon obsession. Dans la lumière rouge et tamisée des néons, j’étais terrifié.
- Est-ce que cela vous rappelle quelque chose ? Demanda Sakkaku.
- Non, mentis-je. Ce n’étaient pas des souvenirs, mais des cauchemars. D’horribles cauchemars.

Plus nous avancions, plus les murs se couvraient de graffitis. De gigantesques fresques s’étalaient sur le béton comme les tentacules de quelque prédateur marin ; dans la faible lumière, il était difficile de comprendre ce qu’ils représentaient, mais je pus tout de même reconnaître des yeux exorbités, des plaies infectées ouvertes sur des rangées de crocs et d’interminables bras mécaniques. À la lumière incertaine des néons, ils étaient parfaitement hideux.
- Faisons demi-tour, ordonnai-je alors. Elle n'est pas là. On ne trouvera rien ici.
Sakkaku me jeta un étrange regard, après avoir longuement observé les tags.
- Oui, je le pense aussi, concéda-t-il.
Mais lorsque nous nous retournâmes, nous eûmes la désagréable surprise de constater que le laboratoire avait disparu : la ruelle se prolongeait indéfiniment dans les ténèbres. J’étais pris au piège. Enfermé dans un cauchemar. Je tâchai de masquer ma peur, mais mes mains se mirent à trembler.
Soudain, quelque chose me saisit l’épaule. Dans ma poitrine, mon cœur fit un tel bond que je crus qu’il allait m’arracher les côtes. Je fis volte-face, prêt à détruire mon potentiel agresseur ; mais ce n’était que Sakkaku.
- Ne me touchez pas sans me prévenir, sifflai-je d’un ton froid, les côtes battues par mon cœur. S'il vous plaît. Il ôta sa main en silence. Bien sûr, il ne pouvait pas savoir que le moindre sursaut pouvait fatal pour moi ; mais je préférais mettre les choses au clair dès à présent. Je n’avais pas besoin d’un autre adversaire.
- Nous n'avons guère le choix. Avançons. Je me remis en marche. Je voulais sortir au plus vite. J’étais si tendu que j’en avais mal aux épaules et à la base du cou. Sakkaku alluma sa lampe torche, et me suivit, toujours silencieux.

Un frottement sourd se fit alors entendre dans notre dos. Sakkaku se retourna vivement, l’épée brandie ; mais la ruelle s’avéra vide
- Restons dos à dos, lança le mercenaire. Il n’eut pas de réponse.
Si vous me demandiez maintenant ce qu’il m’est arrivé, je pense que je ne serais pas en mesure de vous répondre : comme un somnambule, comme un pantin, je m’étais mis à avancer, incapable de m’arrêter, incapable de penser. Comme dans ces rêves où l’on se voit faire des choses sans pouvoir intervenir, et où l’on se voit réagir de manière illogique, mais sans s’en rendre compte. Jusqu’au réveil. Mon regard était devenu terne et gris, et était dépourvu de toute intelligence. Sakkaku me suivit, en tâchant de surveiller nos arrières au maximum. Les frottements sourds semblaient provenir des toits, mais la brume noire qui stagnait dans la ruelle empêchait de voir correctement.

Et puis ce fut au tour des chuchotis de résonner. Faiblement d’abord.
- Qui porte… Le Nom…
- Hel ?
Appela Sakkaku. Pas de réponse. Je continuai d’avancer dans cette ruelle qui s’étrécissait. Marcher à deux de front devenait gênant. Le contenu des poubelles me semblait plus clair, désormais : j’avais véritablement l’impression de sacs de plastiques emplis de substance visqueuse, des déchets rougeâtres encore humides, de lambeaux de matière légèrement élastique et rosâtre.
- Qui porte… Le Nom…
Sakkaku se retourna vivement ; son épée siffla, mais ne rencontra aucun obstacle. Le mercenaire était tendu : la sensation de la caresse sur son épaule le faisait encore frissonner. Les chuchotis furent soudain dotés d’un air :
- Qui porte le nom de la Déesse des Enfers ? Rime avec fiel, chasse des chimères
- Hel, cette chanson te dit quelque chose ? S’enquit Sakkaku.
Pas de réponse. Un gloussement retentit, et les cheveux du mercenaire volèrent sous l’effet de la caresse.
- Si cela te dit quelque chose, il faut qu'on continue à avancer. Sinon, nous resterons coincés, ordonna Sakkaku, que l’angoisse commençait à gagner.

Qui porte le nom de la Déesse des Enfers ?
Rime avec fiel, chasse des chimères
Oublie sans remord celle qui...


Le sol devint instable. Jusqu’à présent, il était gras et collant ; désormais, il était aussi mou et visqueux. Sakkaku continua d’avancer tout en essayant de conserver son équilibre. Nous ne pouvions voir ce dans quoi nous avancions à cause des ténèbres et du brouillard sur le sol.
- Bien, continuons… Tout se passera bien. Sa voix me parut très lointaine, si lointaine que j’en arrivai à me demander si je ne l’avais pas rêvée. L’odeur était immonde, et l’air étouffant : nous avions trop chaud. Mais j’étais si engourdi que je n’avais même pas le courage d’ôter ma veste. Un bourdonnement continu faisait vibrer mes tympans.
La chansonnette changea de paroles :

Qui porte le nom de l’Illusion ?
Rime avec fou, mortel comme le poison
A bâti sa vie sur les ossements
De ceux dont il a versé le sang !


La voix était horripilante. C’était la voix trop aiguë de ces fillettes en bas-âge qui piaillaient plus qu’elles ne parlaient. Le timbre était moqueur, l’air répétitif.
- Ça va, tu arrives à marcher ? Demanda Sakkaku.
Cette fois, au prix d’un gros effort, je parvins à parler.
- Ma botte est embourbée… Je m’entendis faiblement, et je me vis m’arrêter, la jambe immobilisée dans ce bourbier immonde. Les sacs dans les poubelles… Les morceaux rouges et poisseux…
Une odeur fétide s’exhala alors dans la ruelle. J’eus un haut-le-cœur.

Qui porte le nom de la Déesse des Enfers ?
Rime avec fiel, chasse des chimères
Oublie sans remord celle qui,
Pour sauver la sienne, a donné sa vie !


- Attends, je vais t’aider, fit Sakkaku, ignorant l’insupportable ritournelle.
C’est alors que je le vis. Je voulus hurler, mais je n’avais plus de voix. Je voulus fuir, mais j’étais coincé. C’était un cauchemar.  Je voulus prévenir Sakkaku, mais je ne pus produire qu’une série de sons rauques et inarticulés. Mon cœur se contracta, m’arrachant un cri de douleur. Sakkaku finit par se retourner. Je ne sais pas ce qu’il vit : j’étais brusquement revenu à moi, et au pire moment.

Le mercenaire m’arracha alors du sol, et se mit à courir. Le sol extrêmement instable l’obligeait à faire des pas irréguliers, et chaque à-coup se répercutait sur mes côtes. J’avais mal à en mourir. Un rire dément retentit derrière nous. Je m’entendis appeler à l’aide.
- Pas le temps Hel, pas envie de se faire dévorer, répondit Sakkaku.
Je redoutais cette chose qui nous avait pris en chasse ; mais cette course me faisait si mal que je préférai qu’on m’abandonne. Je le suppliai de s’arrêter. Je lui soufflai que je risquais d’en mourir. Il finit par me poser sur le sol, et se décida à faire face.
À peine se fut-il retourné que la Chose était déjà sur lui. J’assistai, impuissant, à ce combat. Mon cœur était en feu. Ma gorge me brûlait. J’avais mal comme ce n’était pas permis. J’avais envie que l’on mette fin à mes souffrance, et peu importait la manière.
- Qui porte le nom de l’Illusion ?
Rime avec fou, mortel comme le poison
A bâti sa vie sur les ossements
De ceux dont il a versé le sang !

- Silence ! Hurla Sakkaku, sans résultat. D’affreux gargouillis résonnaient à chaque fois que l’épée touchait la chair. Je me roulai en boule dans mon coin, incapable de quoi que ce soit d’autre. J’avais envie de vomir. La boue grasse souillait mes vêtements et mes mains. J’entendis Sakkaku appeler mon nom, me hurler de me réveiller. Mais je n’en avais pas le courage. Je fermai les yeux pour ne plus la voir ; mais elle était comme gravée sur ma rétine. Chaque fois que je battais des paupières, elle m’apparaissait plus nette, plus claire, plus horrible.
La Chose.

- Hel ! S'il te plait ! J'ai besoin de toi ! Si tu dois te rappeler quelque chose, tu ne dois pas te sentir coupable de l'avoir oublié ! Hurla Sakkaku dont l’épaule commençait à l’élancer. Comme dans un mauvais rêve, l’ennemi semblait se rire des attaques : sa chair ne saignait pas, ses membres ne cessaient de revenir à l’assaut. Le mercenaire recula, à bout de souffle : il ne pourrait tenir ce rythme très longtemps. Et dès qu’il cesserait de se battre, alors la Chose se ruerait sur lui, et… Il préféra ne pas y penser.
Soudain, le miracle se produisit. Au départ, Sakkaku pensa qu’il s’agissait de Hel, que ce dernier avait enfin surmonté sa peur et était monté au combat ; mais ce n’était pas lui. L’être avait la taille de Hel, les habits de Hel, le visage de Hel ; mais ses cheveux étaient d’un noir d’encre, et voletait en de longues mèches sur ses épaules. Ses yeux étaient d’un violet pur et lumineux. Et son visage n’affichait que la détermination et la volonté d’en découdre. Mais le plus étrange était son arme : la cristalline Keyblade bleutée et violette a fait place à une ignoble clé visqueuse. Telle une veine gonflée et pulsante, la Keyblade était à la fois répugnante et fascinante.
- Hel ? Questionna Sakkaku en haletant.
- Non, répondit l’être, d’une voix ni vraiment masculine ni véritablement féminine. Frappez sans relâche.
Le mercenaire soupira, visiblement pas surpris outre mesure, et remonta à m’assaut. Cette fois, sous les coups répétés de l’épée et de l’horrible Keyblade, la Chose recula, et, avec un râle d’agonie, s'effondra en un tas fumant de viscères fumantes.
- Bon, avançons, finit par dire Sakkaku, avant d’essuyer son épée. Il se tourna vers son compagnon de combat, mais ne rencontra que la fumée.

Je n’en pouvais plus tant j’avais mal : mon corps était agité de spasmes, et j’avais le cœur au bord des lèvres. J’avais si mal et tellement peur que je ne pouvais m’empêcher de pleurer. De là où j’étais, je ne pouvais dire si Sakkaku avait détruit la Chose ou non ; mais je m’en moquais. Ma seule préoccupation était de me cacher pour agoniser.
- Hel ? Il ne faut pas rester ici, fit Sakkaku en s’agenouillant à mes côtés. Je le savais, mais je ne pouvais faire autrement. J’avais honte d’être aussi pitoyable, d’avoir eu si peur. J’étais ridiculement faible : à quoi me servait ma Keyblade si je n’étais même pas en mesure de l’invoquer ? J’avais entrepris ce voyage parce que je me croyais fort ; la chute était ô combien douloureuse...

- Apparemment, tu n'aimes pas être touché ; je ne peux pas te prendre dans mes bras. Cette affirmation me parut si incongrue qu’elle m’arracha à mes lamentations. Je sortis mon visage d’entre mes mains, et murmurai-je, comme si chaque souffle risquait de me coûter la vie :
- … Poche in-térieure de ma veste... tube d-de ca-chets... v-vite... mourir... suis en pleine... crise. Je devais rester pragmatique en dépit de la souffrance. Mon cœur me faisait mal, mon bras gauche m’élançait tant que j’avais envie qu’on me le coupe. Si je ne faisais pas quelque chose, j’allais y rester.
Et je n’étais pas allé si loin pour finir ici, entre deux poubelles.
Les mains de Sakkaku ouvrir la veste, la fouillèrent, extirpèrent le tube de ma poche. Il me le tendit, mais mes mains étaient trop gourdes pour attraper quoi que ce soit.
- Combien ? Demanda-t-il finalement.
- D-deux.
Il plaça deux cachets dans ma bouche, et me fit boire dans sa gourde. Les médicaments descendirent dans ma gorge avec difficulté, et parurent m’arracher la chair. Je manquai de m’étrangler, mais survécus malgré tout. Nous restâmes un certain temps ainsi, silencieux, assis dans la ruelle nauséabonde.

- ... Merci... Monsieur, finis-je par murmurer lorsque ma voix et mon souffle furent revenus.
- Je vais te porter le temps qu'on avance, répondit Sakkaku. Je protestai faiblement, mais il ne m’écouta pas : il me hissa sur son dos d’un geste souple et agile, comme si je n’étais pas plus lourd qu’un chaton, et se remit en route. Cela ne me plaisait guère, mais nous n’avions pas le choix : il nous fallait partir au plus vite.
Alors, je laissai aller ma tête contre lui et m’endormis.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 14 Oct - 10:09

~ Chapitre Cinq : Hôspitalisés

Lorsque je revins à moi, je constatai que nous étions de retour dans la cour de l’école. Quand y étions-nous revenus ? Je n’en avais pas la moindre idée. J’avais terriblement mal au bras et à la poitrine, si bien que chaque inspiration était une véritable torture.
Mais l’air froid et humide du dehors me faisait du bien.
- Je vais marcher, murmurai-je, incapable d’user plus de souffle. Sakkaku me reposa.
Nous étions de retour dans le vrai monde ; enfin, si l’on supposait que le Reflet de Silent Hill était le vrai monde. La brume s’était encore épaissie, et la nuit était tombée. Je titubai, et m’accoudai contre un mur.
- Je suis désolé de ne pas avoir pu vous aider, tout à l'heure... Bafouillai-je. Je souffre de problèmes… Je sentis ma main se crisper sur ma poitrine endolorie. Le mercenaire répondit :
- Ne t'inquiète pas. Je n'étais pas mieux quand on était dans mon... Dans ma psyché.
Je baissai la tête. Quelle piètre équipe nous faisions. L’un comme l’autre, nous étions minables. Pouvais-je compter sur lui ? Pouvait-il compter sur moi ? À l’évidence, non.
Silent Hill, songeai-je, serait notre tombe.

- Ah, s’écria brutalement mon pitoyable partenaire, me faisant sursauter, la voilà ! Laura ! ! Et, sur ces paroles, il s’élança vers l’autre bout de la rue. Je voulus le héler, mais j’étais à bout de souffle. Je titubai à sa suite ; certes, ce n’était qu’un pitoyable compagnon. Mais je n’en avais pas d’autre, et dans ma situation, il me fallait un partenaire.
Dans la brume, j’entendais des grattements, des crissements ; je ne m’arrêtai pas, même si la peur s’installait à nouveau en moi. À mesure que j’avançai, je vis un bâtiment se matérialiser dans la brume. J’avançai encore. J’entr’aperçus Sakkaku qui se ruait vers la porte, et qui s’y engouffra. Je m’arrêtai, épuisé.
Quelque chose attira alors mon attention. Cette architecture m’était tellement familière ; j’y avais passé presque la moitié de ma vie. Il s’agissait d’un hôpital. Brookhaven Hospital, si j’en croyais le panneau. Je compris alors le sens des mots « reflet de Silent Hill » : cet hôpital n’avait rien à faire là. Le plan de Silent Hill indiquait clairement que cet hôpital était à l’autre bout de la ville, sur la rive sud du lac ; et c’était logique : qui aurait eu l’idée d’implanter un hôpital à côté d’une école primaire ? Ce reflet aménageait visiblement les lieux à sa convenance, sans se soucier de la disposition des lieux originale. C’était pour cela que tous les événements semblaient se succéder sans lien entre eux.

- Tu es qui, toi ?
Je sursautai à nouveau. Par chance, j’eus le temps de constater qu’il ne s’agissait que d’une fillette avant d’invoquer Rêveur Lucide pour la décapiter. J’étais tendu à l’extrême. Un horrible doute m’assaillit alors :
- Laura ?
- Comment tu connais mon nom ? Qui t'es ? Répliqua-t-elle, insolente. Je lui répondis distraitement en avançant vers l’hôpital.
- Je suis Hel. Et vous, que faites-vous ici ? Questionnai-je, presque hors d’haleine.
- Bah, moi, je suis venue chercher la lettre de la petite amie de mon père adoptif, James.
Les enfants avaient cette manie de présenter les choses comme un enchaînement logique et compliqué. Mais il y avait plus grave : mon partenaire s’était enfermé dans l’hôpital, sur les traces de la fillette qui était en train de marcher sur mes talons. Je suppliai :
- Pour moi… Hurlez « Sakkaku »… S'il vous plaît… Il fallait qu’il l’entende.
- Oh ? Pourquoi ?
Cet âge où les enfants posaient plein de questions quand on n’avait, justement, pas le temps.
- Ai pas assez de… souffle… appelez-le… vite ! Fis-je, tout en avançant lourdement. Mes jambes étaient de plomb.
- C'est qui, Sakkaku ? Ton petit copain ?
Petite conne. J’étais si épuisé que je n’avais même pas la force de lui décocher une gifle. Je me contentai de lui jeter un regard noir, mais rien n’y fit : cette petite garce idiote continuait de babiller stupidement à mes côtés, au lieu de m’aider. Un choc sourd contre la porte me sauva la vie.
- Laura ? Hel ? Vous êtes là ? Demanda Sakkaku depuis l’autre côté.
J’expliquai, tant bien que mal, la situation à Sakkaku. Puis, je me laissai tomber à même le sol, incapable de tenir debout plus longtemps.
- La porte est coincée... Je ne sais pas comment l'ouvrir, répondit Sakkaku. Étonnant.
- Comment il a fait pour entrer ? Fit Laura. Sombre crétine. Je haïssais les enfants. Je l’ignorai :
- Fracasse la porte avec ton épée, suggérai-je entre deux halètement.
- Elle n'était pas ouverte ? J'étais à côté tout à l'heure, quand il est entré. Mais pourquoi vous êtes là ?
Elle m’agaçait.
- Venus… pour vous… sauver… Je fis une pause plus longue. Ne me posez pas tant de questions, s'il vous plaît.
De l’autre côté, un choc sourd se fit entendre, puis un bruit de bris, et enfin le tintement de métal sur du carrelage.
- Laura, dit alors Sakkaku, il faut que tu rentres chez toi. Nous irons cherchez ta lettre après.
- Vous semblez ne pas être bien, lâcha alors Laura. Bon allez, je m'en vais, puisque le monsieur me l’a dit. Tchao.
Je crus halluciner, et ne pus m’empêcher de lâcher un soupir rageur.
- Reste où tu es, je vais essayer de trouver une fenêtre ; mon épée s'est brisée.
Je le savais. Mais je ne pouvais rester ici ; si je m’endormais, je savais que je ne me réveillerai plus. Je me sentais trop nauséeux pour tenir debout, trop mal pour rester assis, trop fatigué pour garder la tête froide et trop agité pour m’endormir. J’étais coincé dans cet état insupportable que me provoquaient les cachets.
- J'ai entendu ; je vais chercher une sortie... moi aussi, fis-je en me levant. J’ignorai les cris de Sakkaku derrière moi. Et, avec un peu de chance, je trouverai même une sortie, loin de cette ville de cauchemars.

Je contournai l’hôpital. J’essayai de retrouver un rythme cardiaque normal, de me concentrer sur mes sens et non pas sur mon mental : la pierre sous mes doigts. Le sol sous mes bottes. La semelle sous mes pieds. L’air froid et humide sur ma peau, la sueur glacée sur mon front. L’odeur de terre mouillée, les frottements... Les crissements...
Seul dans le noir et la brume, je les entendais plus que jamais. J’avais l’impression qu’ils me suivaient partout…
Non, stop. Cette ville voulait me rendre fou, rien de plus. Je ne devais pas paniquer. Je devais rester maître. Les cauchemars ne devaient me hanter de la sorte.
Oh, si seulement je n’étais pas amnésique ! Si seulement je savais ! Je n’aurais plus à craindre mon passé, à redouter mes souvenirs ! Je me sentis stupide. Je sentis le contact brûlant d’une larme sur ma joue glacée. J’eus envie de m’assoir, de me laisser mourir. C’était insupportable.
Mais tu la supportes.
Ce souvenir m’arracha à mes lamentations ; j’étais devant une fenêtre qui donnait sur une chambre de l’hôpital. En dépit des barreaux, je pus apercevoir Sakkaku. Et l’ombre qui se dressait dans son dos.
- Hel ? Je t'avais dit de ne pas bouger.
- Derrière toi ! Hurlai-je, d’une voix qui n’était pas la mienne et avec une force que je ne me connaissais pas. La silhouette, vêtue d’une blouse blanche et d’un masque de chirurgien, abattit une hache sur l’épaule de mon partenaire, lequel lâcha un râle rauque.
Je frappai les barreaux de Rêveur Lucide, sans résultat ; dans la pièce, le combat continuait, acharné. L’assaillant de Sakkaku contraignit ce dernier à passer dans la chambre d’à côté ; je les poursuivis de l’extérieur, haletant, et m’approchai de la deuxième fenêtre.
Là, la silhouette enfonça sa hache dans le dos du mercenaire, lui arrachant un hurlement. Je bondis à la fenêtre, armai mon bras, et lança ma Keyblade comme on lance une hache de jet ; cette dernière se planta dans le front du scientifique, lequel s’effondra. Je me glissai dans la pièce, et m’approchai de Sakkaku. Ce dernier baignait dans son sang ; j’avais vu suffisamment de plaies pour savoir que le mercenaire était condamné. Je l’enveloppai dans son manteau.
- « Immortel », vous avez dit, murmurai-je, non sans cynisme.
- « Immortel » ne veut pas dire « invincible », répondit Sakkaku, entre deux toux rauques. Il faut… me tuer
- Je ne vous suis pas.
Il ouvrit les yeux, et me regarda :
- Comme le phœnix… je suis… Je renaîtrai…
En dépit de l’allusion poétique, je n’étais guère convaincu. Mais je savais aussi qu’il n’en avait plus pour longtemps, et que ses derniers moments ne seraient que souffrances. Je pris donc la hache du scientifique ; je n’avais pas peur de tuer. Je me sentais vide, insensible. C’est sans un mot que j’abattis la hache, achevant mon partenaire.
Qu’importe, je finirai seul.
J’attendis quelques minutes près du corps, encore sonné. Avais-je vraiment tué un homme de sang-froid sans rien éprouver ? Je fixai le corps ; j’attendais un miracle.
Il était condamné, de toute façon. Il n’aurait pas survécu. Il aurait agonisé pendant quelques secondes, voire quelques minutes. Je ne l’avais pas tué ; je l’avais euthanasié.

Pourtant, miracle il y eu : le corps mutilé rapetissa, s’étrécit, s’affina et se mua finalement en un enfant inconscient, mais indemne. Là où gisait Sakkaku gisait désormais un enfant qui lui ressemblait trait pour trait. Je restai stupéfait. L’enfant se redressa maladroitement, et m’adressa un regard vitreux.
- Vous êtes vraiment immortel… Finis-je par coasser, encore sous le choc. À peine j’eus fini ma phrase que la porte se referma avec un claquement sec, et qu’un rideau de fer obstrua la fenêtre. La salle fut plongée dans la pénombre pendant quelques secondes, au terme desquelles une lumière crue s’alluma, éclairant un tableau noir. Dessus, il était inscrit : « meurtrier ».
- Saleté… grogna Sakkaku, en tirant son épée de son fourreau ; à l’instar du mercenaire, elle semblait plus petite, mais réparée. Pour ma part, j’invoquai ma Keyblade, non sans une certaine maladresse. Je commençais à en avoir assez de ce monde. Je m’attendais au pire, lorsque le scientifique se redressa brutalement. Cette fois, nous montâmes à l’attaque ensemble. Cette figure grotesque n’était qu’un cauchemar, comme le reste. Un cauchemar me rappelant les heures sombres passées à l’hôpital, lorsque les infirmiers se pressaient autour de mon lit.
Des flashs de lumière…
Des questions sans réponses…
La douleur lancinante à l’arrière de mes yeux…

La migraine s’estompa lorsque nous vainquîmes notre adversaire. Je clignai des paupières, encore sous le choc. Ce fut Sakkaku qui me rappela à l’ordre, d’une voix si fluette que je sursautai :
- Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Je n’en savais rien. Nous étions prisonniers d’une chambre d’hôpital, dans un bâtiment insalubre, dans une ville uniquement créée pour nous rendre fous. J’étais découragé.

Mon attention fut soudain attirée par un mouvement furtif sur ma gauche ; je tournai prestement la tête, juste à temps pour apercevoir un papillon violet. Il semblait si gracile, si gracieux dans cet univers sordide et malsain. Il voleta avec délicatesse vers une armoire dans le coin de la pièce ; là, il se glissa souplement entre les portes entrouvertes.

J’avançai d’un pas raide vers l’armoire, et ouvris les portes ; derrière se déroulait, interminable et sombre, un long couloir.
- Ici, dis-je. Sakkaku me rejoignit, plus lentement en raison de ses plus petites jambes. Nous nous enfonçâmes dans les profondeurs du couloir. Il ne me questionna pas quant à mon étrange intuition ; je lui en sus gré.

Nous avançâmes longuement,  jusqu’au moment où le couloir déboucha sur ce qui ressemblait à un bureau. La pièce était sombre et une odeur de camphre se mêlait à celle du renfermé. Des particules de poussière voletaient dans la lumière tamisée par des rideaux miteux. Une voix profonde résonna alors :
- Ah, bonjour, Hel. Et bonjour, jeune homme. Je ne vous attendais plus.
- Qui est là ? Glapit mon coéquipier en brandissant son épée.
Quant à moi, je restai muet. La sensation de malaise qui me taraudait venait de se muer en une envie pressante de fuir.
Il portait un gilet beige dans le même état que ses rideaux. Ses yeux disparaissaient derrière de petites lunettes rondes qu’il portait sur son nez proéminent. J’avais l’estomac noué.
- Et si nous nous calmions ? Je ne vous veux aucun mal, vous le savez, fit-il avec douceur.
- Cet endroit ne prête pas trop à la discussion, répondit le mercenaire, méfiant. En effet ; Sakkaku avait raison. Mais il me fallait clarifier certaines choses. Je vacillai, et articulai, avec peine :
- Êtes-vous… « N » ?
Ma voix se brisa comme si une main invisible s’était refermée sur ma gorge. Je crois que c’était d’ailleurs le cas. Il répondit à Sakkaku, ignorant ma question :
- Pourtant nous sommes là pour cela, « discuter » ; et aujourd'hui, je voudrais que nous discutions des phobies. Qu'en dites-vous, Hel ?
Sa voix était comme une caresse indésirable : en dépit de la douceur et de la délicatesse, elle restait une intrusion dans notre intimité. Sakkaku dû ressentir mon malaise, car il me prit la main.
- Allons-nous en, Hel.
- Jeune homme, n'essayez pas d'interférer, voyons ; nous savons tous deux ce qui arrive lorsque l'on ne soigne pas un patient malade L’homme se tourna vers Sakkaku, dardant ses petites lunettes rondes sur lui. D'ailleurs, vous me semblez bien fatigué, vous aussi. Nous devrions discuter, vous ne croyez pas ? Il faut parler… Pour guérir, vous comprenez ?
- Ce n'est pas à vous de décider tout cela. Idiot. Cette remarque n'avait pas plus de sens que tout le reste. Et à qui avions-nous affaire, finalement ? Et puis c'est étrange que vous… soyez ici, un lieu maudit, gronda Sakkaku, avant de tousser violemment. Je me rendis compte que mon partenaire commençait à vaciller, lui aussi. La résurrection l’avait peut-être plus affecté que ce que je ne pensais ? Dans tous les cas, je resserrai ma main sur la sienne afin de l’empêcher de tomber. Ce n'était pas étrange. Cela n'avait qu'une explication, et cette explication me terrifiait.
- Au contraire, jeune homme… Sussura l’homme, en avançant d’un pas gauche vers nous. Il me sembla que les murs se rapprochaient, que la poussière emplissait mes poumons. Lentement mais sûrement, l’atmosphère se faisait de plus en plus oppressante. Mon souffle s’accéléra ; des flashs de lumière… Des questions sans réponses…
Il reprit, sa voix emplissant ma tête tel un goudron épais et visqueux :
- Dans ce monde, il faut que les personnes sensées gèrent ceux qui ne le sont plus… Vois-tu, Hel est malade, très malade… Il faut l'aider, le gérer à sa place. Tu comprends ? Je suis sûr que tu es d'accord, Hel. Allez, viens te reposer, viens me parler… parle-moi pendant des heures, il te faut guérir… Les gens doivent guérir, pour redevenir des gens sensés, tu comprends ?

Je ne savais plus vraiment à qui il s’adressait. L’odeur de médicament m’enivrait. La main de Sakkaku glissa hors de la mienne, et l’enfant s’effondra sur le sol avec un gémissement.
- Lui aussi doit être soigné… Continua l’homme. Dans les ténèbres grandissantes, il semblait se déformer, s’allonger. Ce ne serait pas raisonnable, de le laisser partir… Vous devez être soignés tous les deux… On va s'occuper de vous… Soyez raisonnables… Ses lunettes glissèrent de son visage, et un mucus noir se mit à ruisseler hors de ses orbites vides. Je voulus avaler ma salive, mais ma bouche était sèche. Il était immense, désormais, et ses mains faisaient la taille de mon buste.
Je le savais car je les distinguais, de chaque côté de ma tête. Il reprit, et cette fois sa voix fut comme une longue griffure : Hel… Cher Hel… Quand ta réalité s'est-elle fondue à ton cauchemar pour ne devenir qu'un seul et immonde bourbier insalubre… ?
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 14 Oct - 21:35

Some people dread meeting clowns.
… When I heard his laugh, I understood why.

~ Chapitre Six : La boîte de Pandore

- … C'est encore un cauchemar !
La peur, la panique parut me donner des ailes. J’empoignai avec vigueur Rêveur Lucide, prêt à en découdre. Je ne devais pas céder. C’était un cauchemar, je rêvais, comme j’avais rêvé de ce parc d’attraction, de ce clown, de ce monstre de mucus noir. Mes yeux parcoururent la pièce, à la recherche d’un élément de réalité. La fenêtre. La poussière voletant dans la lumière tamisée.
… Le papillon. Violet, gracile, fragile.

Je me ruai vers la fenêtre pendant que Sakkaku s’évanouissait derrière moi. La fenêtre, une ouverture, une porte, une brèche, c’était ça, la réalité ! Je bondis sur la fenêtre. J’entendais l’homme hurler derrière moi ; mes doigts se crispèrent sur la poignée de Rêveur Lucide, et sur le manche osseux de l’autre Keyblade. Les deux armes s’élevèrent, et s’abattirent sur la fenêtre. Un air glacial et une lumière crue se déversèrent dans la pièce, chassant les ombres.
- Nooon ! Reviens ! Tu es malade ! Tu dois être soigné !
J’empoignai Sakkaku à bras-le-corps, et me jetai par la fenêtre brisée.
- Laisse-nous nous occuper de toi ! REVIENS !

Lorsque Sakkaku revint à lui, il était sur le dos de Hel, dans un couloir sombre éclairé par une unique lumière rouge. Son estomac semblait avoir été retourné, et l’odeur entêtante des médicaments obstruait encore ses sens. Chaque pas effectué par le jeune homme aux cheveux violets lui donnait l’impression que l’intégralité de ses organes bringuebalait dans son corps impuissant.

- … Hel ?
Le son de la voix de mon partenaire fut, pour moi, le signal d’une pause bien méritée. Je m’arrêtai, et posai le gamin sur le sol, avant de m’y laisser choir à mon tour. J’étais épuisé. Chaque fois, je pensais que la situation ne pouvait empirer, et pourtant, si. Chaque fois, je pensais que j’allais m’effondrer de fatigue, et pourtant, non. J’en étais venu à me demander si ce monde ne faisait pas en sorte de nous épuiser sans pour autant nous permettre de mourir. À côté de moi, Sakkaku essaya de se relever, mais retomba sur son séant, avant d’aller vomir. Je tâchai de faire le point pendant que mon compagnon bredouillait des excuses.
Nous étions ici depuis… Une heure ? Peut-être moins ? Peut-être plus ? Je n’en avais pas la moindre idée. Nous étions dans un hôpital qui n’apparaissait pas sur la carte, dans une ville qui était censée ne plus exister. Mon compagnon était redevenu un enfant pour une durée indéterminée, et j’étais mort de fatigue.
… Mais nous avions survécu à des têtes coupées volantes, la Chose de la ruelle, les infirmiers de l’hôpital, et cet espèce de psy étrange. Nous nous en sortions bien, en vérité.
- … Pouvez-vous marcher ? Demandai-je tout de go au mercenaire.
- Hm… Désolé… Je ne peux pas… En dépit de la voix fluette, je reconnus les intonations de Sakkaku, et cette manie de faire « hm » à chaque début de phrase. C’était en général lorsque j’étais épuisé et au bout du rouleau que je remarquais ce genre de sottises
- Je vais vous porter, déclarai-je en prenant l’enfant sur mon dos. La douleur scia mes épaules et se répercuta dans mes reins. Il me remercia, la voix teintée d’embarras.

Le couloir me parut immense, en partie à cause du poids qui broyait mon dos endolori. Je remarquai soudain que j’entendais de la musique. Je commençais à haïr les chansonnettes, car elles étaient, en général, annonce d’une catastrophe imminente.
- Hm… Cette musique… Je me mis brusquement en tête de compter les « hm », afin d’empêcher que mon cerveau ne cède à la panique à nouveau.
- Vous la connaissez ? Haletai-je. Mon compagnon voulu répondre, mais la toux brisa sa voix.
- Chi… Chiyoko nous la… chantait… Quand on était dans… le laboratoire.
Je hochai la tête. Je n’avais pas la moindre idée de qui était ce « Chiyoko ».
La musique provenait tout droit de la porte devant nous. Je pris mon courage à deux mains, et l’ouvrit.
Elle donnait sur une chambre d’hôpital, elle aussi éclairée par une lumière rouge. Divers appareils de mesure et friandises reposaient sur les étagères, les chaises et le lit. Mon regard fut attiré par une photographie posée sur la table de nuit : elle représentait quatre enfants, trois garçons et une fille, tous maigres et sales. Leurs lèvres décolorées étaient gercés par le froid et leurs joues creusées par la privation. Vêtus de haillons, enveloppés dans une toile rêche, ils fixaient l’objectif avec angoisse. Je pouvais distinctement entendre la musique, désormais.
- Sakkaku, fis-je en me tournant vers mon compagnon, lequel s’était recroquevillé sur le sol, nous sommes clairement dans vos souvenirs… Que devons-nous faire ?
Il ne me répondit pas. Évidemment. Je me tournai vers la porte, sur laquelle apparaissait maintenant une inscription. Je m’approchai : « Notez les noms du plus âgé au plus jeune », disait-elle. Je restai silencieux. De qui parlait-on ? Il s’agissait d’une énigme, visiblement ; mais que concernait-elle ? Nous étions dans la Psyché de Sakkaku. Cette chambre était la sienne, ces affaires avaient dû lui appartenir, et cette photo
Je pris la photo et la regardai ; et cette photo était la sienne.
- Comment s’appellent ces enfants ? Sakkaku ferma les yeux, et murmura.
- … Chiyoko… Yume… et Chikara.
Bien sûr. Chiyoko, le grand frère qui chantait pour ses cadets. Yume et son doux visage de petite fille. Chikara et ses yeux hétérochromes. Je sortis un stylo de mon sac, et inscrivis les noms. Un claquement retentit au niveau de la serrure, et la porte se mua en portail bleuté.
Dernière ligne droite. Les mots retentirent dans ma tête, tandis que ma main avançait vers la poignée. Je serrai les dents. Cela n’annonçait rien de bon. Si le final était à l’image du reste, Sakkaku et moi allions au-devant de gros ennuis. Je ramassai l’enfant toujours dans le coaltar et franchis le portail.

Je fus ébloui par la lumière du jour ; mais lorsque je retrouvai la vue, je faillis hurler. Nous étions dans un parc d’attraction. Un parc immense, où résonnait une musique joyeuse. La brume serpentait entre les manèges vides et les stands inoccupés. L’air sentait bon les friandises.
… Mais nous n’étions pas dans mon cauchemar. Je le sentais. D’ailleurs, je n’étais pas angoissé, ou oppressé ; j’étais anxieux à l’idée de ce que nous risquions d’endurer dans ce parc.

Soudain, un crissement strident retentit, m’arrachant un douloureux sursaut. Je me retournai, près à attaquer, lorsque je compris que le son provenait de mon sac à dos. Je l’ouvris, incrédule, et en extirpai le poste de radio trouvé dans l’école. Je l’avais totalement oublié, avec tous ces événements.
Je le posai devant moi, et tentai de régler la fréquence ; une voix enjouée se fit alors entendre :
- … jour et bienvenue dans notre émission : Trois questions pour une récompense !
Sakkaku dressa l’oreille, subitement réveillé, une expression incrédule sur son faciès d’enfant. Je commençai à deviner la suite ; je me méfiais des présentateurs. Ce dernier poursuivit : pour gagner une sublime récompense, une personne devra répondre au quiz « Connaître son partenaire ». Et notre participant est… Hel ! Je redoutais ce moment. La sueur ruissela dans mon dos. J'espère que ce jeune homme va trouver les réponses à ces questions ! Nous allons commencer la première : quelle est la phobie de Sakkaku ? Réponse une : la mort ? Réponse deux : les hôpitaux ? Réponse trois : les médecins ?
Je restai silencieux et terrifié ; quel était-donc ce quiz ? Comment étais-je censé savoir cela ? Bien sûr, nous sortions de la Psyché de Sakkaku ; j’avais eu accès à ses phobies les plus intimes, mais, finalement, pourquoi avait-on peur des hôpitaux, si ce n’était pas justement à cause des médecins ? Cela n’avait aucun sens !
- Deuxième question : combien de fois est mort Sakkaku ? Réponse une : 40 fois ? Réponse deux : 80 fois ? Réponse trois : 100 fois ? Sakkaku semblait sur le point de faire une attaque cardiaque. Quant à moi, je fixai le vide, halluciné : qu’en savais-je ? Est-ce que cela m’importait, d’ailleurs ? Pourquoi me demandait-on cela ? Que cherchait-on à prouver ?Le présentateur continuait :
- Dernière question : combien d'enfants Sakkaku a-t-il tué ? Réponse une : 70 ? Réponse deux : 103 ? Réponse trois : 39 ? Cela n’avait aucun sens. Mais la suite fut, pour moi, le coup de grâce : merci beaucoup de votre écoute et nous espérons avoir une réponse de notre ami Hel dans un maximum une heure. S'il a les bonnes réponses, il aura une récompense. Sinon… Une punition. Au fait, M. Hel, vous n'avez pas le droit d'être aidé par votre collègue !
La radio s’éteignit brutalement, laissant place à un silence pesant.

Je reculai, sonné. Cela faisait beaucoup de questions en une fois. Je balayai le parc du regard, à la recherche d’indices ; je remarquai alors trois coffres de bois au pied d’un manège. Je m’approchai du plus grand, tout de bois rouge. J’invoquai Rêveur Lucide, et l’ouvris. Le coffre était empli de photographies maculées de sang. J’en dénombrai une centaine. Certaines d’adultes, certaines d’enfants…
Les enfants…
Je me mis à compter scrupuleusement les photographies. Des enfants chétifs, des enfants malades, des enfants blessés, des enfants malheureux39 enfants misérables voués à la mort. Un petit cri étouffé retentit derrière moi ; Sakkaku était assis à même le sol, secoué de tremblements. Ses yeux hagards étaient emplis d’horreur. Je devais nous sortir de là.
J’ouvris le deuxième coffre, de taille moyenne et de couleur verdâtre ; celui-ci était empli de petits crucifix de toutes les couleurs. Je les renversai sur le sol : 39 crucifix.
… Mais cela ne m’aidait pas !
Comment pouvais-je savoir si Sakkaku était effrayé par les médecins, ou les hôpitaux dans lesquels ces derniers travaillaient ? Comment pouvais-je savoir combien de fois le mercenaire était mort ? Le temps continuait de s’écouler sans que je ne trouve de réponse. Ce quiz était voué à l’échec. Je me tournai vers Sakkaku : ce dernier maugréait des phrases sans queue ni tête, tout en balançant son buste d’avant en arrière. Je voulus ouvrir le dernier coffre, ou plutôt le petit coffret noir, mais ce dernier ne possédait pas de serrure ; ma Keyblade ne pouvait donc en venir à bout. Sakkaku se mit alors à hurler. Je n’avais vraiment pas besoin d’un autre élément de stress. Je voulus le faire taire, mais il se débattit. Je me tournai vers les coffres ; un tableau d’affichage était apparu derrière ces derniers. Je me postai devant, et lus l’unique feuille affichée dessus. Il s’agissait d’un tableau décoré de petits dessins, de ballons stylisés et de clown rieurs. Il ne comportait que trois lignes et trois colonnes. Trois questions, trois réponses. Restait à savoir si les colonnes portaient sur les questions ou les réponses. Ce jeu était perdu d’avance. Je sortis un stylo et écrivis.
- Ha ha ha ! Le rire me glaça d’effroi. Sur les trois réponses… Il y en a deux bonnes !
Mensonge. Mensonge pour me faire enrager. Une ombre apparu brusquement derrière moi, et enveloppa Sakkaku, lequel me regarda avec impuissance. Je vais donc vous donner une punition. Vous serez privé de votre partenaire ! Avant que je ne puisse effectuer un geste, l’ombre disparu avec un rire malsain et le mercenaire.
J’étais seul.
Le silence fut interrompu par un claquement sec : le coffre noir venait de s’ouvrir. J’avançai distraitement vers l’objet, le regard vide, les bras ballants. Il ne contenait qu’une cassette. Lorsque je relevai la tête, ce fut pour voir un poste de télévision et un magnétoscope juste devant moi. J’y glissai la cassette, et observai l’écran.

Je savais ce qu’était un snuff movie
. Aujourd’hui encore, les mots me manquent pour décrire l’horreur à laquelle j’assistai. Je ne pouvais détacher mes yeux de l’écran, et pourtant, mon cerveau me suppliait de le faire. Ces enfants sur les photographies. Des centaines de petits cadavres. Des centaines de petits organes entreposés dans des bocaux. Des centaines de membres arrachés, d’os broyés, de viscères perforés, d’yeux enfoncés. Les scènes s’enchaînaient, tantôt des expériences, tantôt de la torture pure et simple. Cela allait trop vite mais les images se gravaient sur ma rétine comme les tatouages sur leur peau. Injections. Dissections. Mutilations. Et parmi les corps encore fumant, un être. Immortel et fou de chagrin.
Lorsqu’enfin l’horreur cessa enfin, je me sentais souillé. Souillé par des centaines de souvenirs qui n’étaient pas les miens. L’écran se brouilla, et bientôt, le visage d’un clown apparu.
- Alors ? Qu'en pensez-vous de cette boîte de pandore ? Je reconnus la voix, suffisante et insupportable, du présentateur.
- C'est immonde.
- Oh ? Cela vous paraît immonde de voir la naissance d'un monstre ? Je suis d'accord avec vous. Alors ne vous inquiétez pas et regardez derrière vous.
J’obtempérai : une porte coupe-feu était apparue au milieu du vide, surmontée d’un panneau « exit ».
- Voici la sortie. Vous pouvez partir et tout oublier.
- Et Sakkaku ?
- Aucune importance. Ce n'est pas ton ami, ce n'est qu'une connaissance. Cela ne t'apportera rien.
- … C'est exact.

Je titubai vers la sortie.
- Bien, alors au revoir, mon petit Hel, gloussa le clown.
Je me figeai. Ce ton suffisant. Cette arrogance. Ce mépris. Non, Sakkaku ne m’apporterait rien.
Mais cela m’était insupportable.
- Oh ? Pourtant, vous n'êtes pas du genre à être attaché à quelqu'un. Et puis lui… Il est mercenaire.
Je ne voyais pas le rapport. Je n’avais pas à me justifier. Un profond sentiment d’injustice m’étouffait. Le jeu était truqué. Les questions étaient stupides. La rage se teintait de haine.
Mes cheveux se teintèrent de noir.
- Oh ? Et que vas-tu faire ?
J’allais le chercher. Le clown éclata de rire.
- Ha ha ha, tu ne connaissais pas cet homme et pourtant tu vas le chercher. Par contre, moi non-plus, tu ne me connais pas et tu veux te battre contre moi. Par ailleurs, où veux-tu le chercher ?
La Keyblade de cauchemar se glissa dans ma main droite. Jamais je ne l’avais sentie si complice, si aguicheuse. Elle était le prolongement de mon bras, l’instrument de ma haine. Je me sentais envahi par ce sentiment, subjugué par sa force, par sa puissance.
Ma voix n’était plus la même. J’étais en plein rêve.
- Je ne sais pas, vous n'avez pas envie de jouer à un autre jeu ? Un jeu dont il serait la récompense ?
- Oh ? Répéta le clown pour la quatrième fois. Pourquoi je perdrais mon précieux trophée immortel ? Non, non, non… Par contre, si tu as un prix qui peut m'intéresser, peut-être je pourrais te proposer un autre jeu…
- Pas envie. Mais si tu ne veux pas m'aider, je vais devoir user de la force… 
- Eh bien, je garde mon trophée… Si jamais vous voulez venir le chercher, regardez dans l'une des autres portes !


Un sourire malsain se dessina sur mon visage. Six portes étaient apparues, mais aucune ne m’intéressait. Je brandis la Keyblade immonde, ses bouches hurlèrent à l’unisson et ses yeux roulèrent avec terreur. Le panneton déchira l’air… Un flot de sang se répandit par la brèche ouverte, tandis qu’un cri de douleur résonnait. J’appuyai plus fort sur ma clé, agrandissant l’orifice sanguinolent. Autour de moi, le décor se déforma, se tordit comme un animal à l’agonie. Je saisis les bords de la brèche, et les écartai sans compassion.
Je refusais de lui donner satisfaction.
L’air était chaud et humide de l’autre côté. L’odeur y était âcre et étouffante, le sol était maculé de déchets organiques pourrissants. Des pieux de fer rouillé se dressaient un peu partout, sur lesquels avaient été empalés des têtes coupées.
- Coupable, coupable, coupable ! Chantaient-elles, tandis que du sang ruisselaient de leurs orbites vides. J’avançai d’un pas rapide. Je n’étais plus fatigué. Je n’avais plus mal. Je savais que tout ceci n’était un rêve. Je n’avais jamais fait cela auparavant, mais c’était tout comme. C’était mon élément.
Je ne tardai pas à trouver Sakkaku, pitoyablement ligoté sur une chaise. Les liens étaient si fins et si serrés qu’ils entaillaient sa chair, sectionnaient ses veines. Je voulus trancher les fils, mais je fus brusquement attaqué par ce qui ressemblait à des sangsues. Leur peau visqueuse était striée de veines gonflées, et leurs bouches avides tentaient de se coller à ma peau. Je les repoussai d’un ample geste, et reportai mon attention sur la chaise ; cependant, je fus vite re-dérangé : les annélides ne me lâchaient pas. Le nombre ne cessait d’augmenter, leurs bouches cherchaient sans cesse à se refermer sur ma chair. Je me retournai brusquement, les envoyant valser plus loin. Un coup je tranchais un fil ; l’instant d’après, je repoussais un assaut de sangsues. Cela n’en finissait pas. Les têtes hurlaient. Mes tympans saignaient. Elles revenaient inlassablement à la charge. Je ne pouvais tenir ce rythme.
Un hurlement explosa brutalement, suivit d’un choc sourd ; derrière moi, la monstrueuse tête de fœtus, dressée sur ses pattes d’araignées, venait d’apparaître. Les sangsues se ruèrent précipitamment dessus, m’accordant quelques secondes de répit. Je détachai Sakkaku, et le pris dans mes bras. Son corps était agité de spasmes, sa respiration était sifflante. Derrière moi, la Chimère Fœtus rugissait avec hargne tout en dévorant les sangsues ; hélas, elle aussi commençait à ployer sous les assauts répétés des annélides.
Je brandis la Keyblade de cauchemar, et, comme auparavant, je déchirai l’air ambiant. Les têtes coupées s’étaient mises à chanter de plus bel :
- Coupable ! Coupable ! Coupable ! !
La marée de sangsue déferla alors sur moi ; la Chimère avait trépassé sous leurs attaques, et maintenant, elles réclamaient mon sang. Mon énergie vitale.
Je n’allais pas leur laisser cette satisfaction.
Je bondis dans l’orifice sanguinolent.
La vague de sangsues s’écrasa sur le sol en un bruit visqueux.
Je n’étais plus là.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Mer 14 Oct - 21:48

~ Épilogue

Le silence de la nuit fut déchiré par l’atterrissage brutal de deux jeunes hommes sur le sol. L’un était grièvement blessé, l’autre en train de succomber à une attaque. L’hélicoptère les trouva juste à temps. Les secours. La civière. Les chocs électriques dans la poitrine. Ils hurlaient.
Des flashs de lumière.
Des questions sans réponse.
Le néant.



- Hel ! Tu es réveillé !
- …
- Qu'est-ce qui t'a pris de partir sans prévenir ? Que s'est-il passé ?
- …
- De ? Tu ne te souviens pas ? Mais de quoi te souviens-tu ?
- …
- … Oh. Et… cet enfant, que tu portais sur ton dos... Tu ne sais pas qui il est ?
- …
- …
- …
- ... Tu as besoin de repos, je pense ; tu as dû être éprouvé par cette nuit. Tu ne dois plus faire ce genre d'escapade, Hel ! Tu sais pertinemment que ton cœur est trop faible pour supporter ce genre de traitement ! ... Enfin bon. Je vais te laisser te reposer, hein...



Je ne sais ce qu’il advint de Sakkaku. Je trouvai juste un mot, sur la table de chevet de ma chambre d’hôpital.
« Merci d'avoir aidé mon frère, Sakkaku, à Silent Hill.
Si jamais tu as besoin d'aide, n'hésite pas à faire appel à nous.
Yume
 »

... En tous les cas, j'étais revenu de Silent Hill. Blessé, certes, et aussi perdu qu'avant de partir. Mais j'étais en vie. Et maintenant, je savais.
Je savais que j'avais un pouvoir sur le Rêve.

Fin.
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MessageSujet: Re: Night Terror; the solo-Adventures of Hel (PEGI 12)   Jeu 26 Nov - 14:45

Entraînement


~ Illusiocitadelle :


- Nous voudrions tester ton aptitude au combat, Hel.
Je hochai la tête.
- Comme tu l’auras compris, notre but est, entre autres, de récupérer des Cœurs. Ce sera ta principale mission au sein de l’Organisation.
L’homme qui me parlait se faisait appeler « Sexien ». Je n’avais jamais vu son visage, car il le gardait dissimulé dans l’ombre de sa capuche ; mais j’avais déjà noté sa manière de s’exprimer, sa voix profonde et son timbre sévère. J’avais également constaté une certaine méfiance à mon égard ; mais peut-être était-ce simplement une impression, puisque mes collègues ne pouvaient ressentir d’émotion…
- Les Sans-Cœurs se divisent en deux catégories : les Pur-sang – par exemple les Ombres – et les Emblèmes – par exemple les Opéras. Tu ne devras te préoccuper que de la deuxième catégorie.

Je savais déjà tout cela : j’avais lu le Livre du Sage donné par Takamina et sa sœur Chiery, ainsi que tous les documents que l’on m’avait fournis à mon arrivée ici.
Je détestais que l’on me prenne pour un idiot.
Sexien continua :
- En effet, lorsque tu vaincs un Sans-Cœur Emblème avec ta Keyblade, tu libères les Cœurs qu’il recèle, et les envoies à Kingdom Hearts. Seul la Keyblade possède ce pouvoir ; tu comprends donc pourquoi ton arme est si spéciale.
Oui, je le savais aussi ; de même que je savais qu’un cœur libéré pouvait redevenir un Sans-Cœur s’il ne rejoignait pas Kingdom Hearts. Mais ce n’était pas cela que je voulais savoir.
- Qu’est-ce que Kingdom Hearts ? M’enquis-je.
Sexien ne répondit pas tout de suite. Je supposai que, s’il avait eu des sentiments, il aurait été agacé par ma question.
- C’est une entité capable de nous rendre nos Cœurs, fit-il finalement, sans même me regarder.
Cette réponse en disait à la fois long et très peu.
- Entre dans cette salle, lâcha Sexien en m’indiquant une porte. Et attends-y mes instructions.
J’obtempérai, docile et silencieux.

J’entrai alors dans une vaste salle ; à l’instar du reste du bâtiment, les murs étaient blancs et ornés d’étranges symboles, que j’analysais comme étant des emblèmes. Une courte passerelle permettait d’accéder à une large plateforme, tapissée de bleu et bordée de vide. Je me demandai si l’on pouvait chuter hors de la Citadelle volante en tombant dans ces tréfonds ténébreux. La voix de Sexien résonna alors, comme déformée par quelque interphone :
- Ta première tâche sera simple : je veux que tu invoques ta Keyblade.
Je n’eus même pas besoin de regarder ma main gauche : la Keyblade cristalline s’y logea d’elle-même, telle la main d’une amie discrète et fidèle.
- Bien. C’était élémentaire. Je veux maintenant que tu affrontes cet ennemi. Il s’agit d’un Simili Reflet.
Une créature se matérialisa devant moi. Ce n’était guère la première fois que j’en rencontrais de telles : argentée, dotée d’une silhouette mince, de longs bras et d’un étrange faciès barré d’une fermeture, elle se mouvait en une souple et fascinante gestuelle. Je me mis en garde, et commençai à me déplacer sur la droite. Le Simili me chargea ; je me déportai vivement sur son côté et le frappai au flanc. La créature fut désarçonnée. J’en profitai immédiatement pour passer dans son dos et enchaînai plusieurs attaques de taille, avant de l’achever d’une attaque circulaire.
- Bien. C’était facile. Voyons maintenant comment tu te débrouilles face à cinq de ces créatures.
Cinq Simili Reflet apparurent alors. Je me ruai vers celui en face de moi, et lui lacérai le poitrail d’une série d’attaques de tailles ; un mouvement sur ma gauche m’annonça que les autres étaient passés à l’offensive. Je tournoyai alors sur moi-même en une attaque circulaire, les repoussant vivement. Je fondis sur le deuxième en une attaque en vrille, tournant sur moi-même comme le foret d’une perceuse. L’attaque l’acheva. Je me retournai juste à temps pour parer le coup du troisième Simili, mais ne pus me protéger de ceux des deux autres. La douleur m’élança dans le dos, là où leurs griffes touchèrent ma chair. Je me retournai en une attaque circulaire, et les chargeai. Ma Keyblade tourbillonna, et leur perça respectivement le ventre et la tête.
Le calme revint sur l’arène.
- Tu as été touché deux fois. Et tu as mis plus de 10 secondes. C’est beaucoup trop long, déclara Sexien de sa voix morne. Je me renfrognai légèrement. Il me semblait que ma performance, bien qu’imparfaite, n’était pas si mauvaise.
Après tout, je n’avais été touché que deux fois, et j’avais mis à peine plus de 10 secondes pour vaincre cinq adversaires. Nous pouvions également le voir ainsi.
- As-tu déjà pratiqué la magie ? Demanda alors mon mentor du moment.
- Non.
- D’accord
. Je pense qu’il se fit une note mentale pour la suite. Maintenant que tu es échauffé, nous allons reprendre.
D’autres Reflets apparurent.
Je me mis à nouveau en garde, lassé d’avance.


Cette matinée me parut interminable, autant à cause de la monotonie des exercices que de la pression exercée sur mon cœur fragile. J’enchaînai quatre combats sans pause, et, bien qu’aucun d’entre eux ne durât plus de quelques secondes, j’en sortis exsangue et grièvement blessé.
Sexien me rejoignit hors de la salle alors que j’étais en train d’avaler prestement un de mes cachets :
- Un combat d’une minute est un combat beaucoup trop long et épuisant. Tu pourrais, en effet, avoir tes ennemis à l’usure… Si seulement tu pouvais être sûr de ne pas en mourir le premier Il jeta un regard appuyé au tube de cachets ; je lui en adressai un inexpressif. Il reprit : nous commencerons dès demain un programme d’entraînement. Nous irons doucement au début, et procéderons étape par étape.
C’était trop aimable.

Il me congédia, me libérant pour le restant de la journée. J’espérai presque croiser Phoenix dans les couloirs de la citadelle, mais la Simili devait être occupée ailleurs. En vérité, je ne croisai pas grand monde, ce qui rendit la bâtisse d’autant plus angoissante. Je retournai à ma chambre, pris une feuille blanche, un crayon, et commençai à dessiner.
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